Essassa PK23 : les populations derrière Berthe et jean « refusent de céder » leurs terres à la SNI

L’urbanisation a un prix. Après Bikele, derrière l’assemblée et Plaine Orety, c’est désormais autour d’Essassa qu’un nouveau collectif d’occupants de terrains se crée sur fond de tensions foncières et de menaces de déguerpir sèment. Réunis en assemblée générale ce samedi 16 mai à Essassa PK23, derrière Berthe et Jean, dans le 2e arrondissement de Ntoum, les membres du collectif des occupants de terrains ont élevé la voix contre les opérations de déguerpissement qu’ils jugent « injustes ».

« Personne ne refuse l’urbanisation, mais ce sont des terrains que nous voulons laisser à nos enfants. Nous n’acceptons pas cette procédure par la force, on compte sur notre avocat pour accélérer les choses au risque de tout perdre », s’est exprimé un déguerpi d’essassa.

En présence du représentant de leur avocat, les populations concernées ont annoncé plusieurs démarches judiciaires et administratives pour tenter de « stopper la commercialisation des terrains » par la Société nationale immobilière (SNI) et obtenir une régularisation de leur situation foncière.

Face à une assistance mobilisée, les responsables du collectif ont dénoncé ce qu’ils qualifient de « violence d’État, violence institutionnelle et violence morale » exercée contre des familles installées sur ces terrains depuis plusieurs années. « Vendre le mètre carré à 12.000 FCFA et appeler cela une mesure sociale, ce n’est pas une mesure sociale », a fustigé Simplice Ibouanga, porte-parole du collectif des occupants de terrains derrière Berthe et Jean. Selon lui, plus de 300 dossiers ont déjà été déposés auprès de leur avocat afin d’obtenir une régularisation des parcelles bâties et non bâties. Le collectif dit également avoir adressé des courriers au ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme, Mays Mouissi, ainsi qu’à la SNI pour solliciter une audience. Aucune réponse.

Collectif des populations de derrière Berthe et Jean (Essassa/Pk23) en assemblée générale

« Nous proposons une cartographie participative afin d’identifier clairement les occupants et sortir durablement de cette crise », a expliqué Simplice Ibouanga, tout en annonçant la volonté des habitants de saisir le juge des référés pour demander l’arrêt des travaux et l’interdiction de toute commercialisation des terrains litigieux.

De son côté, Ngou Assoumou Cyrille, membre du collectif, a dénoncé une situation qu’il estime contraire aux engagements initiaux de la SNI. « Nous espérons que les plus hautes autorités de la République vont s’occuper de l’injustice qui se déroule ici. Ces terrains, nous les avons achetés aux paysans entre les années 2000 et 2010. Personne ne pouvait imaginer qu’ils appartenaient à quelqu’un d’autre », a-t-il déclaré. Pour lui, « la SNI devait être une société à vocation sociale, construisant des logements pour les Gabonais, et non une structure de spéculation foncière ». Le collectif affirme ne pas comprendre sur quelle base juridique la SNI procède à la vente des parcelles. « Les chefs de quartier signaient à l’époque des documents avec le sceau de la République attestant que ces terrains appartenaient aux paysans. Aujourd’hui, l’État semble renier ces actes », a poursuivi Ngou Assoumou Cyrille. Les occupants disent désormais attendre que « le problème soit résolu par les voies de droit » à travers les procédures engagées par leur avocat.

Le collectif réclame l’arrêt des travaux, l’interdiction de toute commercialisation des parcelles ainsi qu’une régularisation foncière globale, tout en appelant à l’implication des plus hautes autorités de la République, notamment du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. La question foncière dans le Grand Libreville demeure l’une des principales sources de conflits entre populations, opérateurs immobiliers et autorités publiques, dans un contexte marqué par une forte pression urbaine et une demande croissante en logements.

Nkili Akieme

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