Réunis au sein d’un collectif, les populations d’Okala-Delta, Commune d’Akanda, au nord de Libreville, vouées à un imminent déguerpissement ont exprimé leur profonde détresse et leur colère face aux marquages de démolition apposés sur leurs habitations. Tout en réaffirmant leur soutien au développement du pays, ils fustigent les méthodes jugées brutales, l’absence totale de concertation, des délais irréalistes et un passage de 3 à 15 mètres d’emprise routière qui menace de rayer ce « village » plein d’histoire de la carte. Ils en appellent directement à l’arbitrage du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguéma.
Pour les habitants d’Okala, la pilule est d’autant plus amère que la zone concernée n’est pas un simple quartier spontané de la banlieue de la capitale, mais un terroir ancestral. Les résidents rappellent avec force que leurs familles y sont établies bien avant la croissance de Libreville.
« Okala est un village, ce n’est pas un quartier. Il faudrait que les gens se le mettent dans la tête. Un village, ça a une histoire. Et je peux vous assurer par rapport à mon âge que c’est un village presque centenaire », a signifié Gabriel Obiang Otogho, Chef de quartier Okala-Ciciba, précisant que « c’est la ville qui est venue me trouver dans mon village ».

Ce que le collectif fustige avec virulence, c’est le non-respect flagrant des procédures administratives et légales. Aucune campagne de sensibilisation n’a été menée, et les autorités de proximité ; la mairie d’arrondissement et les chefs de quartiers ont été purement et simplement court-circuitées.
L’apparition soudaine d’agents de l’ANUTTC, escortés par des forces militaires, pour inscrire des dates de démolition (pour les unes au 28 mai 2026, pour d’autres au 28 juin 2026) sur les façades a instauré un climat de terreur.
Autre problème qui fâche, celui de l’élargissement de la route, particulièrement congestionnée, passant brutalement de 3 mètres à 15 mètres d’emprise. Une modification technique qui change radicalement la donne, car elle implique la destruction complète du tissu social, économique et spirituel de la communauté locale.
Au-delà des habitations et des commerces, ce sont les sépultures familiales, ancrées au cœur des concessions conformément aux traditions locales, qui risquent de finir sous les chenilles des bulldozers.
Les représentants des populations rappellent également que l’histoire de cet axe routier s’est toujours écrite dans le respect et le dialogue, évoquant les précédents historiques depuis feu le président Léon Mba.
L’absence de notifications formelles empêche également les propriétaires, notamment ceux détenant des titres fonciers en bonne et due forme, d’engager des discussions relatives aux indemnisations ou à la gestion de leurs locataires.

« Moi qui vous parle en tant que chef de quartier, la personne la plus proche de la population, je n’étais pas informé. Mon maire d’arrondissement n’était pas informé. Alors comment peut-on ne pas créer la psychose dans la population quand c’est présenté de cette manière ? », s’est interrogé le chef de quartier. « Ceux qui sont venus, on ne sait pas quel service est venu. Ils ont mis des croix, ils ont écrit à démolir. Avec des militaires armés, on a pris peur. Il y a un problème de délai. Parce que ces travaux vont être effectivement faits d’ici le mois de juillet ou août. Mais attendez, il y a des gens qui ont des locataires, il faut un délai pour expulser un locataire » s’est-il par la suite indigné.
Face à cette impasse, et craignant de subir des casses sauvages sans dédommagement, comme cela a pu être observé dans d’autres quartiers du Grand Libreville, les populations d’Okala-Delta tirent sur la sonnette d’alarme. Se réclamant majoritairement en phase avec les chantiers de la 5ème République, elles implorent néanmoins le sens élevé de l’écoute du chef de l’État, l’invitant respectueusement à des échanges directs.
Alph ’-Whilem Eslie et Bétines Makosso
