Pêche thonière : le point de friction assumé entre Libreville et Bruxelles

Longtemps traité dans les couloirs diplomatiques, le différend autour de la pêche thonière entre le Gabon et l’Union européenne s’est invité publiquement au cœur de la célébration de la Fête de l’Europe à Libreville. Dans un discours inhabituellement direct, l’ambassadrice de l’Union européenne au Gabon, Cécile Abadie, a reconnu l’existence de «malentendus » entre les deux partenaires sur ce dossier hautement stratégique. Une sortie qui intervient dans un contexte où le Gabon réclame depuis plusieurs années une révision profonde des accords de pêche afin d’obtenir davantage de retombées économiques locales.

Le sujet était sensible. Il est désormais assumé publiquement. Devant les autorités gabonaises, les diplomates accrédités à Libreville et plusieurs partenaires économiques, l’ambassadrice de l’Union européenne a choisi de ne pas contourner le dossier explosif de la pêche thonière, devenu ces derniers mois un symbole des nouvelles ambitions souverainistes du Gabon sur l’exploitation de ses ressources naturelles.

« L’année écoulée a aussi connu son lot de malentendus et je fais ici référence à la démarche souveraine du Gabon de questionner les termes de notre coopération de longue date sur la pêche thonière » , a déclaré Cécile Abadie dans une salle attentive, au sujet de la volonté du Gabon de revoir les termes de l’accord de coopération halieutique avec l’Union européenne.

Une phrase forte, prononcée avec prudence mais qui traduit clairement les tensions apparues entre Libreville et Bruxelles autour des conditions d’exploitation du thon dans les eaux gabonaises. « Je ne souhaite ni l’éluder ni la dramatiser car nous avons réengagé depuis un dialogue serein qui je l’espère se poursuivra » , a-t-elle poursuivi, avant d’insister sur « l’attachement à la transparence » de l’Union européenne.

Tout en reconnaissant cette démarche « souveraine », Cécile Abadie a assuré que le dialogue avait repris dans un climat « serein ». « Nous n’avons rien à cacher et, je le crois sincèrement, beaucoup à offrir », a insisté la diplomate, avant de réaffirmer que l’Union européenne entend rester pour le Gabon « un partenaire de choix et de confiance ».

Rappel des faits

Derrière cette séquence diplomatique se cache un vieux contentieux devenu éminemment politique. Depuis plusieurs années, de nombreuses voix au Gabon dénoncent un modèle dans lequel les navires européens capturent d’importantes quantités de thon dans les eaux gabonaises pendant que la transformation industrielle, les emplois et la valeur ajoutée échappent largement au pays. Libreville estime désormais que les anciens accords ont surtout profité aux flottes étrangères sans véritablement structurer une industrie locale de la pêche.

Le Gabon veut désormais imposer une nouvelle doctrine : transformer localement ses ressources halieutiques, créer des emplois nationaux et renforcer le contrôle de ses richesses maritimes. Bruxelles, de son côté, tente d’éviter une rupture avec un partenaire stratégique du Golfe de Guinée. Consciente de cette nouvelle réalité politique, Cécile Abadie a d’ailleurs reconnu que « l’agenda de diversification et de transformation des ressources du Gabon est non seulement légitime et dans le sens de l’histoire, mais aussi dans le plein intérêt de l’Europe » .

Une manière de reconnaître implicitement que le rapport entre les deux partenaires est en train d’évoluer. Car au-delà du thon, c’est toute la philosophie des relations économiques entre le Gabon et ses partenaires historiques qui est aujourd’hui remise sur la table par Libreville.

Nkili Akieme

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