RDC : A quoi joue Félix Tshisekedi ?

A trois ans de la fin de son ultime mandat constitutionnel de cinq ans, le président congolais, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, a donc ouvert la voie à un troisième mandat, au cours d’une conférence de presse, tenue mercredi à Kinshasa. Il a évoqué dans la foulée, l’hypothèse d’un report de la présidentielle prévue en 2028, « si la guerre n’était pas terminée dans l’est du pays ».

Pour qui sait et se rappelle de la fronde menée par Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo et ses soutiens contre son prédécesseur, Joseph Kabila Kabange, lorsque ce dernier caressait l’idée d’un troisième mandat à la tête de la RDC, la sortie du président Tshisekedi, mercredi à Kinshasa a complètement sonné faux et donné du tournis à plus d’un.

Dans l’opinion, à Kinshasa comme dans la plupart des capitales sur le continent, il ne fait plus l’ombre d’aucun doute que l’idée d’un troisième mandat, déjà agitée par ses soutiens au lendemain de sa réélection à la tête du pays pour son deuxième et dernier mandat autorisé par la constitution en vigueur, émanait bien de l’occupant actuel du Palais de la Nation, qui abrite le Cabinet du président de la République démocratique du Congo, dans la Commune de la Gombe, à Kinshasa ; c’est-à-dire de Félix Tshisekedi lui-même.

Vacuité

Pour de nombreux éditorialistes et observateurs avertis de la vie socio-politique et institutionnelle de la République démocratique du Congo, les raisons officiellement évoquées par le président Tshisekedi pour justifier sa posture actuelle, paraissent sinon ‘’vides’’ de sens, mais pour le moins ‘’inconsistantes’’ et manifestement exposées à la contradiction.

Si la poursuite de la guerre dans l’est du pays (dans les provinces du sud et nord Kivu) sert de paravent, on oppose à cet argument le fait que le conflit et l’invasion du pays par les forces armées étrangères durent depuis près de 30 ans déjà et que les prédécesseurs de Félix Tshisekedi, Joseph Kabila en l’occurrence, aurait pu, lui aussi, se servir de ce prétexte pour ne tenir aucune élection.

Seulement sur la base de cet argument, il est clair que Félix Tshisekedi n’aurait donc jamais accéder à la magistrature suprême dans son pays, du moins, jusqu’à ce jour.

Or, on sait qu’à l’époque, M. Tshisekedi et ses partisans n’accordaient aucune excuse aux tenants du pouvoir pour justifier la non-tenue ou une possible report de la présidentielle; ni même aucune raison pour une éventuelle révision de la constitution, susceptible de permettre l’ouverture d’un 3ème mandat présidentiel à la tête du pays.

L’excuse du peuple

Éditorialistes et spécialistes font également observer la  »fâcheuse » tendance, une véritable rengaine chez les dirigeants du continent, à ‘’d’instrumentaliser’’’le peuple’’ dans leur communication visant à ‘’vendre’’ des projets souvent en totale décalage avec les aspirations les plus profondes, les plus subtiles et les préoccupations les plus légitimes de leurs compatriotes. Les priorités sont ailleurs pour le congolais lambda, font-ils valoir.

Certes, Félix Tshisekedi formule l’exigence du référendum constitutionnel pour les réformes constitutionnelles préconisées, mais il n’échappe à personne une réalité implacable en Afrique, en Afrique francophone notamment, à l’exception notable du Sénégal : le pouvoir en place n’organise pas d’élections pour les perdre. Dès lors que l’idée vient du sommet de l’Etat, la machine derrière est déjà lancée et c’est un truisme que de le rappeler.

Instabilité chronique

A travers le projet de révision constitutionnelle à venir, Félix Antoine Tshisekedi Tchilombo, ‘’Fatshi Béton’’ pour ses supporters les plus zélés, caresse pour ainsi dire le rêve de rester aussi longtemps que possible à la tête du plus grand pays francophone du monde par la taille et la démographie (2 345 410 km2 pour près de 110 millions d’habitants).

Peut-être même voudrait-il y demeurer ad vitam aeternam, si les jusqu’auboutistes de son camp venaient à faire prospérer, comme ça se trame ici et là, l’idée de faire sauter le verrou de la limitation des mandats dans le futur projet de constitution, dont la mouture devrait certainement déjà être écrite.

De toute évidence, ce projet qui interpelle, d’autant qu’il masque très mal les intentions de celui qui est arrivé au pouvoir en 2019, dans les circonstances extrêmement contestables, chahutées à l’intérieur comme à l’extérieur de la République Démocratique du Congo.

Comme chez les voisins au Congo-Brazzaville et au Rwanda, ou encore en Côte-d’Ivoire et récemment en République Centrafricaine, Félix Tshisekedi s’inspire de sans doute là, de  »bons exemples » sur le continent.

Il y a fort à craindre que ce ‘’funeste’’ projet n’engendre les germes destructeurs du régime qui le porte et qu’il ne prolonge la chronique de l’instabilité socio-politique et institutionnelle de ce pays-continent ; en aiguisant les appétits ‘’pouvoiristes’’ de quelques ‘’faucons’’ et leurs soutiens affichés ou tapis dans l’ombre, à l’affut du moindre déclic, du moindre prétexte pour faire prospérer leurs velléités.

Les congolais ne souffrent-ils pas déjà autant de cette instabilité  »entretenue », devenue chronique ?  

Féeodora Madiba

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