Drépanocytose : Ces regards et violences verbales qui accablent davantage les malades

Dans de nombreuses communautés, les personnes atteintes de drépanocytose ne font pas seulement face à une maladie génétique douloureuse, mais aussi à une autre réalité souvent invisible « la violence des mots et des croyances qui les entourent ». Les malades seraient ainsi associés à des causes surnaturelles, allant de la sorcellerie à des symboles mystiques comme le serpent. Certains discours affirment même que ces personnes seraient “touchées par un serpent” ou victimes de forces occultes, des représentations qui alimentent peur et stigmatisation.

Ces croyances s’accompagnent parfois par des prédictions dramatiques, notamment l’idée que les personnes drépanocytaires n’atteignent pas l’âge de l’adolescence. Ces affirmations, répétées et banalisées, finissent par s’ancrer dans les esprits et rendent difficile toute discussion rationnelle sur la maladie.

« Les idées les plus répandues, c’est que les sorciers nous mangent. Nous sommes les enfants des sorciers et que cest le serpent qui suce notre sang. Sûrement le serpent de la Genèse ! », a déclaré Ley Nang, Présidente de l’ONG Zoé action.

Le témoignage souligne une réalité préoccupante, la confusion entre croyances traditionnelles et explications médicales qui peuvent freiner l’accès aux soins et isoler les personnes concernées. Dans certains cas, les malades doivent non seulement lutter contre la douleur physique, mais aussi contre la honte et les accusations implicites.

« Il y a aussi les rumeurs comme quoi, on ne vit pas après 18 ans, dès qu’on a 13, 14, 15 ans, 16 ans, on meurt. Or ce nest pas vrai moi j’aurai 45 ans dans quelques jours et jai des enfants. Il suffit de bien se faire suivre par des spécialistes, et forger le moral », a ajouté Présidente de l’ONG Zoé action.

Au cœur de ces violences verbales, la drépanocytose est souvent mal comprise Pourtant, il s’agit d’une maladie du sang d’origine génétique. Elle affecte les globules rouges, qui prennent une forme anormale et peuvent bloquer la circulation sanguine, provoquant des douleurs intenses et des complications parfois graves.

Les spécialistes rappellent que la drépanocytose est une pathologie chronique nécessitant un suivi médical adapté. Elle n’a aucun lien avec la sorcellerie ou des causes mystiques, contrairement à ce que certains préjugés reçus laissent entendre.

Au-delà de la dimension médicale, cette situation met en évidence un enjeu social majeur, la nécessité de lutter contre la désinformation et les stigmatisations. Pour les personnes atteintes, être reconnu dans leur maladie sans jugement ni peur reste un combat quotidien.

La drépanocytose constitue un enjeu majeur de santé publique au Gabon. Près de 25% de la population est porteuse du trait drépanocytaire (AS) et environ 2% sont atteints de la forme (SS). Si le dépistage et la sensibilisation se multiplient, la prise en charge reste complexe en raison du coût des soins.

M.-O. Mignonne et Frida Dodo

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