Inventaire de la Poste S.A : À Lambaréné, l’activité résiste malgré des conditions « déplorables »

Sur instruction du Chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, le Directeur Général de la Poste S.A, Alfred Ikaka Bobé, a entamé, sous la supervision du Ministère de la Communication et des Médias, la troisième phase de son vaste inventaire national, par la province du Moyen-Ogooué (centre du Gabon). Au-delà du constat alarmant sur le délabrement des infrastructures, la mission a mis en lumière une réalité inattendue, celle de la résilience remarquable des services postaux et l’attachement viscéral des gabonais à leur historique carnet d’épargne.

L’objectif cette mission vise à faire un audit complet des actifs de cette entreprise publique qui connait beaucoup de problème de fonctionnement. Après avoir passé au crible l’Estuaire lors de la première phase, puis le Haut-Ogooué, l’Ogooué-Lolo et l’Ogooué-Ivindo en phase deux, les équipes de la Direction Générale ont posé leurs valises dans le Moyen-Ogooué.

À Lambaréné comme à Ndjolé, l’heure n’est plus aux discours de façade, mais au diagnostic clinique : infrastructures, équipements, foncier et ressources humaines, tout est évalué. Sur le terrain, la réalité est rude et la direction ne s’en cache pas. La visite des bureaux de poste de la ville du Grand Blanc a révélé une fracture infrastructurelle sévère. Si le bureau du quartier Isaac dans le 2e arrondissement de la ville  parvient à maintenir un semblant de normalité avec environ 60 % de son parc informatique fonctionnel, bien que privé de climatisation, la situation du bureau du centre-ville est, elle, critique.

« Il n’y a pas d’ordinateur, il n’y a pas d’électricité, il n’y a quasiment plus de climatiseur. La situation est grave, les conditions de travail sont déplorables », a constaté M. Ikaka Bobé.

Un constat sans concession qui servira de base au rapport détaillé attendu par le prochain conseil d’administration pour déclencher une action immédiate. Pour le patron de la Poste, ce établissement public qui a jadis la fierté du pays dans les années 60 et 80, ne doit pas mourir. Durant la visite, l’arbre du délabrement n’a pas pas cacher la forêt de la résilience. Contre toute attente, le service d’expédition et de réception de colis tourne à plein régime, particulièrement au bureau du centre-ville.

Face à cette dynamique, le message de la Direction Générale à l’adresse des agents se veut profondément galvaniseur. Il s’agit de remettre l’approche « produit » au centre de la stratégie. Dans un carrefour économique aussi effervescent que le quartier Isaac, le personnel est appelé à sortir de ses murs.

Pour Alfred Ikaka Bobé, « la Poste vit, il faut aller auprès de nos fournisseurs, auprès de nos clients pour leur exprimer ce dynamisme ».

L’objectif de cet appel est de relancer la prospection de proximité pour booster non seulement les services postaux classiques, mais surtout les services financiers. Cette volonté de relance, indique-t-on, s’appuie sur un capital confiance inespérée, révélé lors de cette mission. Lors du lancement de la campagne de désintéressement des épargnants en juin dernier par le Chef de l’État, un phénomène sociologique singulier s’est produit. De nombreux clients ont purement et simplement refusé de récupérer leurs bons de caisse. La raison ? Un attachement profond à l’institution.

« Ils disent qu’ils veulent rester encore à la Poste », confirme Alfred Ikaka Bobé. Les usagers réclament le maintien et la survie de leur traditionnel « carnet d’épargne ». Un signal fort envoyé par la population, que la direction générale a visiblement reçu cinq sur cinq. Celle-ci confirme d’ailleurs étudier le projet « dans la perspective de relancer très rapidement ce produit au service des populations qui en ont vraiment besoin. »

Vers un plan d’urgence et une stratégie de relance globale

L’étape du Moyen-Ogooué n’est qu’un jalon dans ce vaste processus de redressement. Les équipes poursuivront cette troisième phase dans la Ngounié (Mouila, Fougamou, Mandji, Mimongo, Lébamba) avant de clôturer ce marathon par la Nyanga (Tchibanga, Moabi, Mayumba).

Au terme de ce maillage territorial, un rapport de synthèse global sera soumis au conseil d’administration et aux autorités compétentes. Ce document de référence aura une double vocation : solliciter un plan d’urgence pour la réfection immédiate des agences sinistrées, et surtout, accoucher d’un plan stratégique de relance à court, moyen et long terme.

Antoine Relaxe et Georlain Nziengui Koussou

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