Assemblées annuelles de la BAD à Brazzaville : Baptême de feu de haut vol pour Sidi Ould Tah (bilan)

Du 25 au 29 mai 2026, Brazzaville a accueilli les 61ème Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD). Un baptême du feu pour Sidi Ould Tah. Le Mauritanien, élu le 29 mai 2025 à la tête de l’institution, présidait pour la première fois les assises des 81 pays membres, couplées à la 52e Assemblée du Conseil des gouverneurs du Fonds africain de développement.

Placées sous le thème _« Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement de l’Afrique dans un monde fragmenté »_, ces Assemblées ont réuni plus de 3 000 participants : chefs d’État( Gabon, Centrafrique et Congo Brazzaville), ministres des Finances, gouverneurs de banques centrales et patrons d’entreprises.

Pour Sidi Ould Tah, l’enjeu était clair : sortir la BAD de la logique des budgets contraints. Dans ses premiers mots à Brazzaville, il a martelé l’urgence de réinventer les leviers financiers du continent :

« Nous devons mobiliser à grande échelle si nous voulons que l’Afrique finance son propre développement. Le monde est fragmenté, mais l’Afrique doit rester unie dans sa réponse ».

Un message qui a fixé le ton de son mandat : moins de dépendance, plus d’ingénierie financière, plus de cofinancement privé.

Brazzaville, vitrine des infrastructures résilientes

En marge des débats financiers, le Congo s’est imposé dans l’agenda. Un forum dédié aux « infrastructures énergétiques et de transport durables et résilientes pour promouvoir l’intégration africaine », a permis à Brazzaville de vendre sa « Vision Congo 2063 ». Objectif affiché : faire chuter la part du pétrole dans le PIB de 45% à 15-20% en misant sur les mines, le tourisme et les zones économiques spéciales.

Sidi Ould Tah durant la conférence de presse de clôture des Assemblées annuelles de Brazzaville © BAD

La BAD a affiché à Brazzaville sa ferme volonté d’accélérer la mobilisation de capitaux privés et la titrisation des projets pour financer l’énergie, le transport et le numérique.

Les discussions ont recentré les priorités sur les corridors régionaux et l’interconnexion électrique, condition clé pour booster le marché commun africain à travers la Zone de libre échange continentale africaine (ZLECAf).

La question de la libre circulation des personnes s’est invitée dans tous les panels. Le message de Brazzaville : sans mobilité, pas d’intégration.

L’annonce inattendue de Sassou Nguesso

C’est en marge de la Journée de l’Afrique, le 25 mai, que Denis Sassou Nguesso a signé l’annonce la plus politique du rendez-vous. Devant plusieurs chefs d’État dont le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema et Sidi Ould Tah, il a décrété : « Je saisis cette occasion solennelle pour annoncer ce jour qu’à partir du 1er janvier 2027, l’entrée en République du Congo ne sera plus jamais soumise au visa pour tous les peuples africains ».

Une mesure présentée comme un soutien direct à la ZLECAf et à la libre circulation dans le continent. Le Congo rejoint ainsi le Rwanda, le Ghana, le Bénin ou le Togo.

Pour Sidi Ould Tah, présent dans la salle, l’annonce tombe à point : elle illustre le lien entre financement des infrastructures et mobilité des Africains, deux piliers de son programme.

Les retombées attendues du rendez-vous de Brazzaville

Au-delà des discours, ces Assemblées donnent le cap du premier quinquennat de Sidi Ould Tah : transformer la BAD en banque de solutions, pas seulement de prêts. Le Congo, de son côté, mise sur l’effet d’appel d’air du _no visa_ pour booster tourisme et investissements dès janvier 2027.

Brazzaville referme donc ses portes avec deux signaux forts : un nouveau président à la BAD qui veut faire bouger les lignes du financement, et un pays hôte qui mise tout sur l’intégration physique et humaine du continent.

Yves Laurent Goma, envoyé spécial à Brazzaville

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error

Vous aimez l'article? Merci de le partager.