Le frère aîné d’Alain-Claude Bilie-By-Nzé, a, au nom de sa famille biologique, appelé à la libération, « soit-elle provisoire », de l’ancien Premier ministre, « afin qu’il puisse organiser librement sa défense et parce qu’il présente des garanties de représentation ». Dans une déclaration publique, la famille d’Alain-Claude Bilie-By-Nzé dénonce également les conditions de détentions et d’isolement de l’ancien candidat à la présidentielle d’avril 2025, qualifiant « d’enlèvement », les circonstances de son interpellation, en pleine rue, par des citoyens « encagoulés », il y a 39 jours.
« Comment comprendre que des faits, anciens de dix-huit ans, ressurgissent aujourd’hui avec une telle vigueur judiciaire ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi dans ce contexte particulier, marqué par une parole critique assumée de l’intéressé sur la conduite des affaires publiques de notre pays ? », s’interroge la famille d’Alain-Claude Bilie-By-Nzé.
Elle justifie sa posture actuelle, pour que le silence qu’elle dit avoir a observé depuis lors, par respect de l’institution judiciaire, ne devienne une forme de complicité face à ce qui apparaît, à bien des égards, comme une dérive préoccupante du système politique et judiciaire gabonais. « Quand la liberté d’un seul homme vacille, c’est celle de tout un peuple qui est menacée », a-t-elle affirmé.

S’appuyant sur la déclaration du président du Syndicat national des greffiers du Gabon (Synagref) et celle du président du Syndicat national des magistrats du Gabon (Synamag) les membres famille de M. Bilie-By-Nzé estiment que loin de relever de la spéculation et de l’émotion, ces faits traduisent une inquiétude légitime face à ce qui pourrait s’apparenter à une instrumentalisation de la justice.
Si le premier, du Synagref avait affirmé en son temps que « L’affaire Bilie-By-Nzé met en lumière un enjeu central : la frontière entre justice et politique. Sans garanties solides d’impartialité, une telle arrestation risque de fragiliser la confiance des citoyens dans les institutions et de renforcer les tensions politiques, plutôt que de servir la justice », le président du Synamag s’était, quant à lui, interrogé s’il était nécessaire d’en arriver là. « L’incarcération d’Alain-Claude Bilie-By-Nzé ne sert ni notre démocratie, ni la crédibilité et l’indépendance de notre justice. On finit toujours par payer le prix de ses décisions », avait-il suggéré sur fond d’indignation.
Dès lors, point de doute aux yeux des membres de la famille de l’ancien Premier ministre, ce qui se joue actuellement dépasse la seule personne de leur parent. Pour eux, il ne s’agit pas simplement d’une affaire financière ancienne. Il s’agit d’un précédent, celui d’une justice qui pourrait être mobilisée de manière opportuniste, au gré des circonstances politiques.
« Lorsque la justice cesse d’être perçue comme indépendante pour devenir un instrument, c’est la république elle-même qui vacille. La carrière gouvernementale de notre frère et parent, longue de plusieurs années, n’a jamais altéré l’image de rigueur et de prudence qu’il a toujours entretenue dans sa gestion des affaires publiques. Ces éléments nous conduisent à penser que cette procédure soulève de sérieuses interrogations », ont-ils martelé.
La famille de l’ancien Premier ministre pointe alors l’arbitraire, l’injustice et autres formes d’humiliations, là où après le 30 août 2023, les gabonais espéraient qu’une page nouvelle s’ouvrait enfin pour le pays, avec la naissance d’une république plus juste, plus humaine, plus respectueuse des libertés et de la dignité des citoyens.
« Une injustice tolérée aujourd’hui peut devenir la norme de demain. Nul n’est à l’abri d’un système qui, une fois dévoyé, finit toujours par atteindre chacun, directement ou indirectement » prévient-elle, exigeant par conséquent la libération d’Alain-Claude Bilie-By-Nzé, soit-elle provisoire, afin qu’il puisse organiser librement sa défense et parce qu’il présente des garanties de représentation.
Elliott Ana Merveille
