Près de trois ans après le coup d’État du 30 août 2023, l’ancien candidat consensuel de l’Alternance 2023 (Opposition) à la présidentielle, Albert Ondo Ossa, a, dans un entretien « vérité », accordé à Afrik.com, dressé un réquisitoire sévère contre la gouvernance de Brice Clotaire Oligui Nguéma. Avec des mots particulièrement durs, l’universitaire pointe d’abord une transition qui a dévié de tous ses objectifs, avant de dénoncer sans fioritures la confiscation des libertés et des conditions de vie des gabonais en chute libre au lendemain de la présidentielle d’avril 2025. Il en appelle à une refondation de l’Etat.
Albert Ondo Ossa s’appuie sur plusieurs indicateurs pour illustrer le malaise grandissant des populations. Selon lui, près de 37 % des gabonais vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté, tandis que le chômage des jeunes avoisinerait les 50 %. Une situation qu’il juge incompatible avec les immenses ressources dont dispose le pays.
« Beaucoup de nos compatriotes espéraient une amélioration rapide de leurs conditions de vie. Malheureusement, aujourd’hui, le sentiment dominant est celui de l’attente et parfois du doute, voire du découragement. La situation est telle que le gabonais ne peut même plus se plaindre de sa souffrance alors que les problèmes d’eau, d’électricité, de santé et d’éducation continuent d’empoisonner le quotidien des familles », déplore-t-il, estimant que la qualité de vie demeure le principal indicateur de l’échec ou de la réussite d’une politique publique.
Une gouvernance économie et financière en manque de boussole
L’ancien candidat à la présidentielle se montre tout aussi préoccupé par la trajectoire économique du pays. Il évoque un taux d’endettement public avoisinant les 85 % du PIB, largement au-dessus de la norme communautaire fixée à 70 %, ainsi qu’une inflation proche de 5 %, particulièrement ressentie dans le secteur alimentaire.
Pour l’agrégé en économie, ces chiffres traduisent une gouvernance défaillante face aux défis du moment. « Je crois qu’il faut tenir aux gabonais un langage de vérité, car la situation économique et sociale de notre pays est préoccupante. Le coût de la vie augmente, les entreprises peinent à survivre, l’endettement devient un sujet majeur d’inquiétude et les jeunes continuent à manquer de perspectives. La gestion d’un État ne s’improvise pas », a-t-il asséné.
Il plaide alors pour une meilleure redistribution des richesses nationales, davantage d’investissements productifs et créateurs de croissance ; ainsi qu’une politique volontariste en faveur de l’emploi des jeunes.
Une République mal embarquée
Albert Ondo Ossa se dit profondément déçu par l’évolution observée depuis août 2023. Selon lui, l’opportunité historique de rebâtir des institutions fortes et crédibles n’a pas été pleinement saisie.
« La transition qui aurait dû contribuer au renforcement du pacte républicain n’a pas joué son rôle. Elle s’est laissée emporter par les mêmes dérives, celles-là mêmes qui ont enfoncé et discrédité les pouvoirs précédents : le goût du pouvoir, le diktat, la gabegie, le clanisme, la roublardise, le mensonge et le faux », accuse-t-il.
Vivant désormais en exil en France, d’où il continue de réclamer la reconnaissance de sa ‘’victoire’’ à la présidentielle d’août 2023, Albert Ondo Ossa regrette la confiscation de la justice et des libertés individuelles par les nouveaux tenants du pouvoir. Il cite pour l’exemple, le cas de son épouse et de sa famille qui seraient actuellement empêchées de sortir du territoire gabonais, renseigne-t-il
Pour autant, il affirme ne nourrir aucun esprit de revanche et entend poursuivre son engagement politique. « Mon horizon politique est simple : servir le Gabon dans l’unité et la responsabilité. Je continuerai à travailler avec toutes les femmes et tous les hommes de bonne volonté pour préparer l’avenir du pays, car le vrai combat n’est pas celui des individus, mais celui du redressement du Gabon et de la dignité retrouvée du peuple gabonais », conclut-il.
Alph ’-Whilem Eslie et Nkili Akieme
