À l’occasion de la Journée mondiale sans tabac célébrée le 31 mai 2026, les ONG « Agir pour le Gabon » et « S.O.S Tabagisme » ont une fois de plus brisé le silence au cours d’une conférence de presse conjointe. Réunies autour du thème international « Démasquons l’attrait et luttons contre la dépendance au tabac et à la nicotine », les deux structures ont frontalement interpellé le gouvernement sur la non effectivité flagrante de l’arsenal juridique existant pour lutter contre le tabac.
Au Gabon, le fléau gagne du terrain, boosté par le marketing agressif de l’industrie qui cible désormais les jeunes et les femmes via de nouveaux produits attractifs (chichas, vapes, bonbons à la nicotine). Le tabac tue plus de 8 millions de personnes par an dans le monde, dont 1,2 million de non-fumeurs exposés au tabagisme passif.
Pour les ONG qui militent pour la lutte contre les drogues, le constat politique est amer : 22 ans après la ratification de la convention-cadre de l’OMS par le Gabon, 13 ans après le vote de la loi nationale antitabac (Loi 006 du 21 août 2013), 10 ans après la signature des décrets d’application (17 mai 2016).
« Nous avons l’impression de n’avoir que de belles lois, mais l’application a du mal à voir le jour. Qu’est-ce qui justifie cela ? » s’est interrogé Anthony Mba -nkogo président de S.O.S Tabagisme.
Le Dr Alphonse Louma Eyougha, président d’Agir pour le Gabon, n’a pas mâché ses mots pour expliquer ce blocage décennal. Il pointe directement la responsabilité des cigarettiers et le manque de fermeté de l’État. Le lobbying et la corruption : « N’ayons pas peur des mots. L’industrie du tabac est une industrie mafieuse, prête à marcher sur des cadavres pour s’enrichir. Par le biais de la corruption et du lobbying, elle freine tout dans l’administration pour que les lois ne soient pas appliquées ou soient édulcorées », a martelé le président de l’ONG .
Après respectivement 31 et 15 ans de combat, les ONG estiment que la sensibilisation ne suffit plus. Il faut appliquer le volet répressif du fameux décret 287 réglementant les espaces publics ouverts : qui disposent de 100 000 à 500 000 FCFA d’amende pour un individu qui fume dans un lieu public, 500 000 à 1 000 000 FCFA d’amende pour le responsable de l’établissement qui le tolère pour ne citer que celles là. L’application de ces sanctions permettrait non seulement de protéger la population et d’éviter la banalisation du poison qu’est le tabac chez les adolescents, mais aussi de renflouer les caisses de l’État.
Face à un gouvernement qu’elles accusent d’être parfois trop perméable aux arguments des industriels ou absorbé par d’autres priorités infrastructures, les ONG rappellent qu’elles ne sont pas des « adversaires », mais des partenaires de santé publique.
Elles exigent la mise en place immédiate de la Commission nationale de lutte contre le tabagisme prévue par la loi, indispensable pour octroyer des moyens financiers de travail aux associations, le déploiement de la police de l’intérieur pour faire respecter l’interdiction de fumer en public, le vote rapide de la nouvelle ordonnance actuellement sur le bureau de l’Assemblée nationale, visant notamment à interdire la vente de cigarettes au bâton pour restreindre l’accessibilité du produit.
Le message envoyé au sommet de l’État est sans ambage : la souveraineté du Gabon ne doit plus plier face à la main invisible de l’industrie du tabac.
Le Dr Alphonse Louma Eyougha, président de l’ONG « Agir pour le Gabon» a rappelé que le tabagisme est une maladie lourde de souffrances, menant à une mort lente (cancers, AVC, maladies cardio-pulmonaires, troubles neurologiques). Dans son centre de santé (Alia et Zeida), centre de prise en charge, l’ONG continue de soigner l’addiction par des thérapies variées (addictologie, psychologie clinique, auriculothérapie, yoga).
Le combat est prévu continuer durant tout le mois de juin, faisant le pont avec la Journée mondiale contre la drogue prévue le 26 juin prochain.
Betines Makosso
