Elections professionnelles : Tout est à refaire !

Alors que l’on attend les résultats globaux des premières élections professionnelles au Gabon, après le second tour du scrutin organisé mercredi dans les administrations et institutions concernées, le président du Syna-Cnss, Jocelyn Louis Ngoma, en sa qualité de Secrétaire général de la Fédération des travailleurs du Gabon (Fétrag), a, dans une analyse qui ne manque pas de pertinence, suggéré « l’examen sérieux d’une annulation du processus électoral en cours et à sa reprise sur des bases corrigées, garantissant une réelle proportionnalité des sièges, une prise en compte effective des effectifs et la préservation du pluralisme syndical ».   

A l’appui de cette exigence, le Secrétaire général de la Fétrag martèle que le dispositif électoral mis en place présente des déséquilibres structurels majeurs de nature à altérer la régularité du scrutin.

Se fondant principalement sur une clé de répartition des sièges structurellement déséquilibrée, notamment dans l’administration publique, les résultats du premier tour seraient donc, à ses yeux, affectés par des distorsions substantielles et la poursuite du processus dans ces conditions compromet l’équité globale du scrutin.

Et à l’analyse de l’ensemble des données objectives consolidées, la Fédération des travailleurs du Gabon considère que les conditions d’un scrutin équitable, transparent et proportionnel ne sont pas réunies.

Incohérences structurelles – paradoxe entre effectifs d’inscrits et répartition des sièges par ministère

Le Secrétaire général de la Fétrag fait observer que le processus électoral concerne 24 ministères pour un total de 249 sièges à pourvoir. Alors que ces administrations n’ont pas le même poids électoral, la structure globale repose, elle, paradoxalement sur une logique fortement standardisée, dominée par un modèle de 10 sièges par ministère, indépendamment des effectifs réels.

L’analyse consolidée des procès-verbaux des résultats du 1er tour a permis en effet permis à la Fétrag de relever que dans l’ensemble des 24 ministères, le nombre d’inscrits oscille entre 350 et 2500 inscrits. Et pourtant, 10 sièges ont été arbitrairement affectés à tous.

Même le ministère de l’Economie et des finances (4148 inscrits – 10 sièges) et celui des Affaires sociales (3030 inscrits – 10 sièges) n’ont pas trouvé grâce aux yeux des ‘’experts’’ de la Commission dédiée ; à l’exception notable des ministères de l’Education nationale (16 915 inscrits – 15 sièges) et de la Santé (13 306 inscrits – 14 sièges).  

Lecture structurelle des effectifs et de la représentation

L’analyse met en évidence une forte disparité des effectifs. De 183 inscrits (minimum constaté) à 16 915 inscrits (maximum – Éducation nationale), soit un écart supérieur à 1 à 90. Malgré cette amplitude, la majorité des ministères demeure fixée à 10 sièges, indépendamment du poids réel des électeurs.

Il en découle donc une distorsion du principe de proportionnalité, croit savoir la Fétrag, car la confrontation entre effectifs et sièges révèle une absence de corrélation entre taille des administrations et représentation ; une égalisation artificielle du poids électoral des ministères ; ainsi qu’une sur-représentation relative des petites administrations et une sous-représentation des grandes structures, apprend-on

Ainsi, « un agent d’une administration de 183 inscrits dispose d’un poids électoral significativement supérieur à celui d’un agent d’une administration de plus de 4 000 voire 16 000 inscrits », déplore pour s’en indigner, la Fétrag.

À cette structure s’ajouterait, selon la Fétrag, le mécanisme du seuil de représentativité fixé à 10 % des suffrages exprimés. Les effets observés sont les suivants : exclusion d’un nombre important d’organisations syndicales ; éduction du pluralisme pouvant atteindre jusqu’à 60 % dans certaines administrations et concentration mécanique de la représentation autour d’un nombre limité d’acteurs, analyse la centrale syndicale.

Ces incohérences relevées affecteraient directement la sincérité du scrutin ; la représentativité réelle des administrations, la légitimité des résultats du premier tour, la perception d’équité du processus électoral, qu’il conviendrait d’annuler et de reprendre, conclut-elle.

Alph ’-Whilem Eslie

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error

Vous aimez l'article? Merci de le partager.