Douane Verte : Face aux défis de la compétitivité et des mutations socio-environnementales

Dans une tribune libre confiée à Gabonactu.com, Sosthène Nguia* s’interroge Comment concilier protection de la société, transition environnementale et croissance des recettes fiscales ? Pour cet expert douanier, entre pressions budgétaires, urgence environnementale et impératif de sécurité, la douane à la croisée de ces trois défis, se réinvente. La « douane verte » s’impose désormais comme un outil stratégique de politique économique et de gouvernance durable. Il explique pourquoi la douane devient un acteur clé de la transition verte et de la sécurité du Gabon.

Promu par l’Organisation mondiale des douanes (OMD), le concept de « douane verte » repose sur trois axes majeurs : réduire l’empreinte écologique des administrations, favoriser un commerce plus durable et encourager l’innovation au service de la durabilité.

Face aux contraintes budgétaires et à l’urgence environnementale, la douane devient un instrument économique central, symbole d’une administration moderne, efficace et transparente. Au-delà du contrôle des marchandises, elle s’affirme comme un acteur stratégique de la durabilité, de la protection de la société et de la performance publique.

Cette orientation rejoint le thème de la Journée internationale de la Douane 2026, célébrée le 26 janvier au siège de l’OMD : « Une douane qui protège la société par sa vigilance et son engagement ».

Ce thème met en lumière le rôle essentiel des administrations douanières dans la sécurité des citoyens et la préservation du bien-être collectif. Armes, munitions, drogues de synthèse ou produits dangereux : aucune de ces principales menaces n’est fabriquée au Gabon. Toutes transitent par les frontières et relèvent, à ce titre, de la vigilance douanière.

Cette évolution favorise également une fiscalité orientée vers la préservation des ressources naturelles et une croissance responsable, contribuant aux ambitions budgétaires du Gabon pour 2026, estimées à 7 233 milliards de Francs CFA.

La Douane s’impose ainsi comme un pilier de la protection des citoyens, de l’environnement et des marchés. Elle lutte contre l’introduction de produits dangereux ou polluants, tout en consolidant son rôle budgétaire dans un contexte de fortes tensions financières.

La douane verte : un levier concret pour les recettes publiques

Bien plus qu’une réforme administrative, la douane verte constitue un levier stratégique de souveraineté économique et écologique.

Le succès du pavillon forestier gabonais lors de la 138e édition de la Foire de Canton, en Chine, à l’automne 2025, démontre qu’innovation, compétitivité et respect de l’environnement peuvent avancer de concert.

Fondée sur une fiscalité environnementale adaptée, la sécurisation des recettes et la lutte contre la fraude, la douane verte favorise également la formalisation de l’économie et une concurrence plus loyale, au service d’une relance durable du Gabon.

Les conditions de réussite et les points de vigilance

La douane verte constitue un levier stratégique pour mobiliser les recettes publiques tout en protégeant les ressources naturelles et la société.

Grâce à la modernisation et à la digitalisation des procédures, elle renforce la lutte contre la fraude, sécurise l’assiette fiscale et soutient le développement de filières durables, notamment dans la Zone économique spéciale de Nkok.

Sa réussite repose toutefois sur un équilibre entre efficacité budgétaire et compétitivité des entreprises, afin d’éviter toute complexité excessive ou toute distorsion économique.

Par ailleurs, en consolidant ses engagements environnementaux conformément à plusieurs accords internationaux — notamment la Convention CITES, les conventions de Bâle, Stockholm et Rotterdam, le Protocole de Montréal, la Convention de Minamata ainsi que la Convention sur les armes chimiques — le Gabon renforce sa crédibilité auprès de partenaires internationaux tels que la Banque mondiale, l’Union européenne, l’ONU et l’Organisation mondiale des douanes.

Dans ce cadre, la Douane joue un rôle essentiel dans la transparence des flux commerciaux, en particulier pour les produits à fort impact environnemental comme les plastiques ou les produits chimiques dangereux. À ce titre, un dialogue sur la pollution plastique et le commerce durable des plastiques est actuellement mené au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Le respect de ces engagements environnementaux contribue également à réduire les fraudes liées aux fausses déclarations d’espèces ou de valeur des marchandises, permettant ainsi d’accroître durablement les recettes fiscales.

Désormais, protection de l’environnement, sécurité de la société et renforcement des recettes publiques doivent avancer d’un même élan.

En définitive, la « douane verte » associe performance budgétaire et responsabilité écologique au service d’une gouvernance durable : mieux protéger pour mieux développer.

*Sosthène Nguia, Expert tarif et conformité au siège de l’OMD, Bruxelles, Belgique.

N.B. : Le titre et le lead sont de la rédaction

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