« Nous ne pouvons plus continuer avec le PDG et les Bongo au pouvoir » (lettre ouverte de Noël Bertrand Boundzanga)

Le Pr Noël Bertrand Boundzanga © D.R

Dans une lettre ouverte puante, le Pr Noël Bertrand Boundzanga, enseignant chercheur à l’Université Omar Bongo et leader de la société civile, appelle le peuple gabonais, tous  bords politiques confondus (majorité et opposition) à mutualiser leurs moyens pour mettre fin au régime incarné par le Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir depuis 54 ans), lors de l’élection présidentielle de 2023 qui se présente, selon lui,  comme une grande opportunité inespérée.

Ci-dessous l’intégralité de ladite lettre ouverte.

Je suis Noël Bertrand Boundzanga. Au moment où je vous fais cette lettre, je ne sais pas si j’ai fait le meilleur diagnostic de notre pays, mais je sais une chose, nous voulons l’alternance. Les Gabonais veulent l’alternance. Cela ne signifie pas qu’ils sont prêts à en payer le prix, c’est-à-dire à consentir le sacrifice d’un tel vœu, mais l’idée d’une transition, d’un changement de régime et d’un changement de mentalités est acquise, elle anime les discussions entre nous, ce vœu n’a pas de camp.

Il est temps de bâtir l’édifice nouveau auquel nous rêvons. Notre hymne national est formidable. Voici ce qu’il dit dans une strophe : « Oui que le temps heureux rêvé par nos ancêtres Arrive enfin chez nous, réjouisse les êtres, Et chasse les sorciers, ces perfides trompeurs Qui sèment le poison et répandent la peur ».

Chers compatriotes, nos ancêtres ne peuvent pas s’être trompés sur ce jour heureux qui devra nous réjouir. Mais contre les sorciers qui sèment la peur, il faut des patriotes prêts à vaincre cette peur et à se battre. Les perfides trompeurs sont forts ; ils tiennent l’armée et la justice ; ils gèrent le coffre-fort de l’Etat. Ils ne se laisseront pas faire. Mais nous avons à réaliser le temps rêvé par nos ancêtres, nous avons un devoir envers eux et envers nous-mêmes. C’est une question d’honneur et de dignité.

On nous a mentis que le temps rêvé par nos ancêtres viendrait à l’horizon 2025. Avec cette idée lumineuse d’un Gabon émergent, on nous a vendu l’égalité de chance, la prospérité partagée, le plan de relance économique, les New York Forum Africa, les Task Force, les Plans d’accélération de la transformation, etc. On a tous vu que tout ceci n’était qu’un concours de concepts et de slogans qui vont plus vite que la réalité.

Chers compatriotes, « Des bords de l’océan, au cœur de la forêt », le temps est venu pour une mobilisation générale. Un seul projet, une seule envie, un seul rêve : l’alternance. Nous avons essayé la démocratie électorale depuis 1990. Elle n’a pas permis l’alternance, ni le changement des mentalités ni l’essor économique. Beaucoup de compatriotes n’y croient plus. Ils considèrent, et l’expérience leur donne raison, que la démocratie est un canular et tous ceux qui participent à ce simulacre cautionneraient ce mensonge. Lorsque le désespoir conduit à une telle conclusion, il fait naître la violence. La violence n’a pas non plus de camp. Quand elle est généralisée, elle ne choisit pas ses victimes.

Quelques amis me disent que le monde est un rapport de force. Ils théorisent la violence, ils disent même qu’elle est inéluctable pour parvenir à l’alternance. Ils ont peut-être raison. Ici et là, l’histoire parle parfois pour eux. Mais parfois aussi, l’histoire parle pour la démocratie et la puissance du bulletin de vote. Essayons peut-être une dernière fois le vote. Mobilisons-nous et créons la ferveur et la foi autour de cet outil politique. C’est là que se trouve le vrai rapport de force.

Chers compatriotes, il n’y a que les Gabonais ayant un désir républicain et l’âme démocrate qui seront capables de se mobiliser pour l’alternance et de consentir aux sacrifices nécessaires à cette alternance. On peut dire que cette idée est unanimement partagée au sein de l’opposition, même si l’opposition a plusieurs couleurs. Evidemment, les archipels de l’opposition ne feront pas perdre au PDG le contrôle de l’appareil de l’Etat. D’ailleurs, ce parti a renforcé son pouvoir avec les fusions et absorptions d’autres partis et en supprimant les associations qui gravitaient autour de lui. Ils ont compris que leur unité était nécessaire pour conserver le pouvoir. Seule l’opposition pense que leurs chapelles respectives sont suffisamment puissantes pour faire tomber un arbre dont les racines sont dans des profonds abysses des consciences des compatriotes. Il faut arrêter de prendre nos rêves pour des réalités.

Le chacun pour soi nous conduira à la défaite. Or nous ne pouvons pas passer toute notre vie dans des jérémiades, les plaintes, le sanglot, les lamentations et les dénonciations. Un jour, il faut pouvoir dire : « ça suffit, tournons la page ». L’opposition est faite maintenant de leaders en provenance du PDG. Nous pensions que leur arrivée au sein de l’opposition nous ferait transformer l’histoire de nos luttes en victoires. Pour l’instant ce n’est pas le cas. C’est pourquoi il faut, plus que jamais, se rassembler.

Chers compatriotes, le peuple de l’alternance attend de ses leaders la preuve d’une organisation collective et d’une discipline propres à réussir le combat pour l’alternance, la démocratie, la République et le progrès. Unissons nos forces, mutualisons nos moyens, nos cerveaux, nos représentants nationaux et internationaux. Parlons d’une seule voix et que tous les partisans de cette voie se reconnaissent en cette voix. Que les partis politiques et les leaders d’opinions suspendent leurs activités. Mettons-nous ensemble dans une caravane pour l’alternance.

Au sein du PDG, et même en dehors des partis, il y a des compatriotes qui ont un désir républicain et une âme démocrate. Le temps est venu aussi pour eux de travailler pour l’alternance. Il y a des causes générales qui sont si nobles que lorsqu’on les sert, cette noblesse rejaillit dans nos vies. N’ayez donc pas peur de l’avenir puisque nous sommes en route « vers la félicité ». Nous ne pouvons plus continuer avec le PDG et les Bongo au pouvoir. Ce n’est pas une fixation contre les Bongo, quoique certains puissent comprendre notre désir d’alternance. Nous ne fabriquons donc pas un délit de patronyme ou de faciès.

Chers compatriotes, nous ne pouvons pas continuer avec la corruption et le chômage de nos enfants. Nous ne pouvons pas continuer avec ces odeurs nauséabondes de monarchie ! Ce n’est simplement plus possible. Nous avons une opportunité en 2023. Si on s’amuse avec cette opportunité, nous compterons encore au moins sept ans, sept ans de lamentations, d’indignité et de fausses promesses.

Chers compatriotes, chrétiens, musulmans, bwitistes, animistes, athées, jeunes, adultes, vieux, hommes et femmes indifféremment, intellectuels, éboueurs et commerçants indifféremment… Enfin, ne sommes-nous vraiment pas capables de tourner la page de ce régime !!!??? Il n’y a qu’une organisation unique qui nous ferait réussir ce combat. On se supporte pendant dix mois ou 12, parce qu’il faut aussi imaginer des candidatures et des listes uniques aux législatives et aux locales, on fait basculer l’histoire et on instaure un vrai présent. Ayons le courage de le faire. Faisons-le pour notre dignité, faisons-le pour nos enfants ! Si nous n’en sommes pas capables maintenant, alors laissez ce régime continuer à nous fouetter. Mais de quoi avons-nous peur enfin ? Nous pouvons construire une société plus juste, qui nous protège de la voracité du monde et des transformations contre nos valeurs. Chers compatriotes, appelons-nous et organisons-nous à cette fin qui que nous soyons.

Professeur Noël Bertrand Boundzanga, Acteur de la société civile

Gabonactu.com

One thought on “« Nous ne pouvons plus continuer avec le PDG et les Bongo au pouvoir » (lettre ouverte de Noël Bertrand Boundzanga)

  1. Bonjour à toutes et à tous !

    Très cher Professeur, je loue ton courage pour cette lettre ouverte et publiée pour tes compatriotes que nous sommes.

    Tu as oublié un pan, celui des autorités officiels de la République Française. Ce sont eux qui tirent les ficelles, et tu le sais très. Les urnes, lors des élections présidentielles au Gabon,ne sont qu’une forme. Lorsque quelque tu parles de l’alternance politique, sachant que le PDG détient l’appareil de l’Etat. Comment cette alternance peut se faire ?

    Je propose qu’on se tourne vers la France, pour dire à celle-ci que nous ne voulons plus. C’est la France qui a installé le système PDG-BONGO… Et c’est elle qui soutient les BONGO et les Bongoïstes en utilisant les forces de sécurité et de défense françaises et gabonaises pour le maintien du pouvoir exécutif.

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