Alors que la réforme de digitalisation des services du Ministère des Transports poursuit son déploiement, une vive polémique alimente depuis plusieurs semaines les réseaux sociaux et certains cercles syndicaux. Au cœur des critiques : le partenariat entre le Ministère des Transports et la société Rengus Digital, ainsi que les retards observés dans la délivrance des permis de conduire. Mais derrière les accusations visant le Ministre d’État aux Transports Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, plusieurs éléments invitent à une lecture plus nuancée de la situation.
Le contrat liant Rengus Digital au Ministère des Transports repose sur une logique qui serait clairement définie et connue de toutes les parties. Conclu pour une durée déterminée, il vise non seulement la fourniture de services techniques, mais également le transfert progressif de technologies et de compétences aux agents de l’administration. L’objectif serait qu’à terme, une fois la mission du prestataire achevée, le ministère soit pleinement capable d’assurer lui-même la continuité du service public.
C’est dans cet esprit que les agents du Ministère ont, selon les sources autorisées, manifesté leur volonté d’être présents sur les différents sites d’enrôlement afin d’acquérir les connaissances nécessaires à la maîtrise du dispositif. La démarche aurait respecté la procédure administrative habituelle : les demandes ont été adressées aux directeurs concernés, transmises au Secrétaire général, puis validées par une note administrative, affirme le Ministère .
Les agents impliqués étaient par ailleurs parfaitement informés que cette participation n’ouvrait droit à aucune prime supplémentaire ni à aucun avantage particulier. Leur intervention sur les sites se limite essentiellement, souligne-t-on, à l’accueil et à l’orientation des usagers, à la validation quotidienne des dossiers de conduite à travers des opérations de contrôle, ainsi qu’à la distribution des permis digitalisés. Des missions qui, selon plusieurs observateurs, auraient pu être assurées intégralement par le prestataire.
En réalité, l’essentiel du processus technique demeure sous la responsabilité de Rengus Digital, dont les prestations sont largement saluées par les usagers pour leur efficacité, leur ponctualité et le respect des engagements contractuels. À l’inverse, plusieurs témoignages font état d’absences répétées, de retards fréquents et même de départs anticipés de certains agents affectés sur les sites. Des comportements parfois justifiés, dit-on, par le statut de fonctionnaire, alors même que le service public exige rigueur, professionnalisme et sens du devoir.
Plus préoccupant encore, certains rapports évoqueraient des cas de compromission observés sur certains sites, appelant à un renforcement du contrôle interne et à davantage de responsabilité de la part de tous les acteurs impliqués.
La question des retards dans la délivrance des permis de conduire constitue également un sujet majeur. Lors du lancement du projet, le nouveau système permettait aux usagers de recevoir leur document dans un délai d’environ une semaine après leur enrôlement. Cette rapidité représentait l’un des principaux succès de la réforme.
Aujourd’hui pourtant, de nombreux citoyens dénoncent des délais pouvant s’étendre sur plusieurs mois. Une situation qui nourrit l’incompréhension et suscite des interrogations, tant les performances initiales du dispositif avaient démontré sa capacité à répondre efficacement aux attentes des usagers.
Pour certains observateurs, ces dysfonctionnements pourraient traduire l’existence de résistances internes ou d’actions visant à ralentir la mise en œuvre de la réforme. Une hypothèse qui alimente le débat autour d’éventuelles manœuvres destinées à fragiliser un projet de modernisation voulu par les plus hautes autorités de l’État.
Dans ce contexte, plusieurs voix estiment qu’au lieu de concentrer les critiques sur le ministre d’État chargé des Transports, il serait opportun d’examiner les véritables causes des difficultés rencontrées. Depuis son arrivée à la tête du département ministériel, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi s’est engagé dans l’application des orientations présidentielles visant la modernisation et la digitalisation des services publics.
Les accusations relayées par certains activistes sont ainsi perçues par ses soutiens comme une campagne de dénigrement orchestrée par des groupes hostiles à la réussite de cette transformation. Les retards observés dans la délivrance des permis de conduire ne feraient alors que renforcer les soupçons d’une volonté de discréditer une réforme pourtant appréciée par une grande partie des usagers.
S’agissant du paiement des primes du troisième trimestre, les précisions apportées indiquent que ce dossier ne relève pas directement du Ministère des Transports. Son règlement dépend principalement des procédures administratives et financières du Trésor public, le Ministère n’intervenant qu’à un stade ultérieur du processus.
Enfin, concernant les relations avec les représentants du personnel, il est affirmé que le Ministre d’État n’a jamais refusé le dialogue social. Il aurait simplement chargé le Secrétaire général de rencontrer dans un premier temps les représentants syndicaux afin de recueillir leurs préoccupations et de préparer les échanges. Une rencontre directe devait ensuite être programmée d’un commun accord entre les différentes parties.
Au-delà des polémiques, cette affaire met en lumière les défis auxquels se heurte toute réforme de modernisation administrative. Entre exigences de performance, résistance au changement et nécessité d’améliorer durablement le service rendu aux citoyens, la digitalisation du secteur des transports apparaît aujourd’hui comme un test majeur pour la transformation de l’administration gabonaise.
Antoine Relaxe
