Le Cameroun a engagé une révision constitutionnelle majeure sous l’impulsion du président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982. L’objectif affiché : instaurer un poste de vice-président de la République afin de renforcer la continuité de l’État.
Selon plusieurs médias camerounais, notamment 237online et Camer.be, le futur vice-président serait nommé directement par le chef de l’État, et non élu, marquant ainsi une rupture notable avec les standards démocratiques observés dans certains systèmes comparables.
Une réforme déjà bien engagée
Le projet de loi a été officiellement présenté et défendu le 2 avril 2026 devant le Parlement réuni en congrès à Yaoundé par le ministre d’État Laurent Esso.
Dans les faits, l’issue du vote ne laisse guère de place au suspense : le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), parti au pouvoir, dispose d’une majorité écrasante dans les deux chambres, rendant l’adoption du texte quasi certaine.
Une fois votée, la réforme devra être promulguée par le président pour entrer en vigueur, consacrant ainsi une transformation profonde de l’architecture institutionnelle camerounaise.
Un bouleversement du mécanisme de succession
Le texte prévoit que le vice-président devienne le successeur immédiat du chef de l’État en cas de vacance du pouvoir (décès, démission ou empêchement définitif), et qu’il achève le mandat en cours. Ce dispositif remplace le mécanisme actuel, dans lequel l’intérim est assuré par le président du Sénat, chargé d’organiser une élection présidentielle dans un délai de 20 à 120 jours.
Ce changement opère un basculement majeur : la succession ne passerait plus par une consultation électorale rapide, mais par une continuité automatique du pouvoir au sein de l’exécutif.
Pour plusieurs analystes, cette réforme vise clairement à « sécuriser la transition politique » dans un contexte marqué par l’âge avancé du président et les incertitudes entourant l’après-Biya.
Entre stabilité institutionnelle et concentration du pouvoir
Dans l’espace médiatique, les réactions oscillent entre prudence et critique.
L’ancienne journaliste Angela Forbin estime ainsi que la vice-présidence pourrait devenir « un poste faible », conçu avant tout pour organiser la succession dans un cercle restreint du pouvoir.
Une partie de l’opposition, met en garde contre une réforme susceptible de déséquilibrer davantage les institutions en concentrant le pouvoir de désignation et de succession entre les mains du président.
À l’inverse, certains responsables politiques y voient une avancée,une initiative pouvant renforcer la stabilité de l’État et prévenir les crises institutionnelles en cas de vacance du pouvoir
Le spectre d’une succession dynastique
Parallèlement, les spéculations se multiplient autour de l’identité du futur vice-président. Plusieurs médias, dont 237online, évoquent la possibilité d’une nomination de Franck Biya, fils du chef de l’État.
Ces hypothèses alimentent les débats sur une éventuelle succession dynastique, renforçant les inquiétudes d’une partie de l’opinion publique et des observateurs politiques.
Un enjeu central pour l’avenir du régime
La question de la succession au sommet de l’État camerounais constitue depuis plusieurs années un sujet majeur d’analyse, y compris dans la presse internationale comme Le Monde, qui souligne les fragilités d’un système fortement centralisé autour de Paul Biya.
Nkili Akieme
