Affaire Bile-By-Nzé : L’Assemblée nationale française s’en fait l’écho

Dans la séquence réservée aux questions écrites à l’exécutif français, le député de l’Hérault (1ère circonscription), l’écologiste et socialiste, Jean-Louis Roumégas, a attiré l’attention du ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur la situation d’Alain-Claude Bilie-By-Nzé, ancien Premier ministre du Gabon et principal candidat de l’opposition à la présidentielle d’avril 2025, actuellement maintenu en détention préventive dans des conditions que de nombreux observateurs qualifient « d’arbitraires et d’inhumaines », affirme-t-il.

Dans son réquisitoire, le député Jean-Louis Roumégas fait observer au ministre français de l’Europe et des affaires étrangères que depuis le coup d’État militaire d’août 2023, le régime de la transition gabonaise, qui avait promis de restaurer les droits fondamentaux, s’est progressivement installé dans une logique autoritaire, où la répression devient l’instrument de l’autoritarisme.

Selon lui, c’est dans cette atmosphère vicié que Bilie-By-Nzé est détenu dans le cadre d’une procédure civile portant sur des faits qui remonteraient à dix-huit ans, rappelle-t-il. Le sérieux juridique de cette procédure est si manifestement douteux, croit-il, que les syndicats gabonais de magistrats et de greffiers eux-mêmes, le Synamag et le Synagref, ont publiquement exprimé leur trouble et leurs interrogations face à une détention préventive dont les fondements légaux apparaissent pour le moins fragiles.

« Lorsque les composantes constitutives du système judiciaire d’un pays s’émeuvent publiquement du sort d’un détenu, c’est le signe que l’État de droit est gravement compromis. Cette détention ne saurait être appréhendée hors de son contexte politique », a-t-il allégué. 

Le silence coupable de l’Hexagone

Dans ce contexte préoccupant, le député de l’Hérault s’interroge sur la position de la France. Le pays continue non seulement de soutenir ce régime, mais il lui a en plus récemment adressé une invitation officielle à Paris, offrant ainsi à ses dirigeants une caution diplomatique qui tranche douloureusement avec les engagements que la France dit porter en matière de démocratie, d’État de droit et de droits humains.

En invitant officiellement le chef de l’État gabonais à Paris, alors qu’un opposant politique est maintenu en détention préventive dans des conditions indignes, la France envoie, si l’on en croit Jean-Louis Roumégas, un signal d’apaisement qui ne trompe personne.

Il s’interroge donc sur la responsabilité que la France porte sur la détention d’Alain-Claude Bilie-By-Nzé, au regard des principes de l’État de droit, des droits humains et des engagements internationaux de la France ; ainsi que sur les démarches qu’il entend entreprendre auprès des autorités gabonaises afin d’obtenir la fin des détentions arbitraires et des traitements dégradants dans le pays, qui s’accompagneraient, d’allégations de tortures, atteintes répétées aux droits syndicaux, restrictions croissantes des libertés publiques, apprend-on.

L’élu socialiste et écologiste au Palais Bourbon appelle solennellement le gouvernement français à ne pas se rendre complice, par son silence ou ses honneurs diplomatiques, d’un régime qui bafoue l’esprit de la transition qu’il avait lui-même suscitée et à user de toute son influence pour que la détention arbitraire d’Alain-Claude Bilie-By-Nzé et de tout prisonnier d’opinion « cesse sans délai ». Il souhaite connaître sa position à ce sujet.

Restrictions des Libertés – Mal être social

Jean-Louis Roumégas rappelle fort opportunément que depuis le 17 février 2025, les réseaux sociaux sont coupés au Gabon et que les manifestations qui ne vont pas dans le sens des autorités ne seraient pas autorisées. « Les voix qui s’élèvent pour critiquer la gestion du pouvoir sont réduites au silence. La détention d’Alain-Claude Bilie-By-Nzé s’inscrit précisément dans cette logique de musellement de l’opposition », s’est-il indigné.

Il pointe dans la foulée une crise sociale profonde marquée par la vie chère, les défaillances persistantes en matière d’accès à l’eau, à l’hygiène, à l’éducation et à la santé ; des scandales économiques et financiers impliquant détournements, corruption et gaspillages, et plus récemment, les vives controverses suscitées par la question de la souveraineté sur les îles Mbanié, Cocotiers et Conga; ainsi que par les dispositions du nouveau Code de la nationalité, a-t-il renseigné.

Féeodora Madiba

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