La situation de la Compagnie nationale de navigation intérieure et internationale (CNNII), demeure au cœur des préoccupations du gouvernement gabonais. Fragilisée depuis plusieurs années par des difficultés financières, des tensions sociales et une baisse d’activité, la compagnie publique tente aujourd’hui de retrouver un second souffle. Mais malgré les efforts engagés par le gouvernement pour sauver cet outil stratégique du transport maritime national, de nouveaux blocages internes risquent de compromettre la relance amorcée.
Invité sur le plateau de Gabon Télévision dans le cadre du bilan des « 100 jours du gouvernement », le Ministre d’État en charge des Transports, de la Marine marchande et de la Logistique, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, est revenu en détail sur les obstacles auxquels fait face la CNNII, tout en rappelant les nombreuses initiatives entreprises pour remettre l’entreprise à flot.
Selon le membre du gouvernement, une solution de restructuration avait pourtant été trouvée avec le groupe EBOMAF. Un partenariat avait été conclu et plusieurs navires avaient même été acquis afin de relancer les activités de transport maritime et de fret. Pendant un temps, l’espoir semblait renaître autour de cette collaboration qui devait permettre à la compagnie de retrouver sa stabilité économique et opérationnelle.
Cependant, cette dynamique n’aura duré que quelques mois. En cause : des tensions persistantes liées aux arriérés de salaires réclamés par les agents de la compagnie. D’après le Ministre d’État, le groupe partenaire assurait pourtant régulièrement le paiement des salaires mensuels, tandis que l’État gabonais s’était engagé à prendre en charge le passif social accumulé avant l’arrivée d’EBOMAF. Mais les incompréhensions et les revendications répétées ont progressivement détérioré le climat social.
« De mésententes en mésententes, le groupe Ebomaf a préféré se retirer et nous sommes revenus à la situation zéro », a regretté M. Manfoumbi Manfoumbi, soulignant les conséquences lourdes de cet échec pour l’avenir de la compagnie.
Malgré ce revers, le gouvernement affirme ne pas avoir abandonné la CNNII. Dans le cadre de sa stratégie de relance, de nouveaux investissements ont été réalisés avec l’acquisition du navire Elobé 6 ainsi que du bac Ndougou, désormais engagés dans les opérations de transport de fret entre Libreville et Port-Gentil. Ces équipements devaient permettre à la compagnie de reprendre progressivement ses activités et de générer des recettes propres.
Mais là encore, des difficultés apparaissent. Selon le membre du gouvernement, alors que les navires quittent Libreville avec des cargaisons pleines, la situation est totalement différente à Port-Gentil, où l’activité reste quasiment paralysée. Le ministre pointe notamment du doigt certains agents grévistes qui empêcheraient les opérateurs économiques et les clients d’embarquer leurs marchandises.
Pour le gouvernement, cette situation crée un cercle vicieux dangereux pour la survie même de l’entreprise. Sans activité commerciale régulière, la compagnie ne peut produire de recettes suffisantes pour assurer son fonctionnement, ni garantir durablement les salaires des employés.
Face à cette impasse, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi a lancé un appel à la responsabilité collective. Le membre du gouvernement estime que les agents doivent désormais comprendre que l’avenir de la compagnie dépend directement de sa capacité à produire, transporter et générer des revenus.
« Ces agents ne doivent plus compter sur la subvention de l’Etat », a-t-t-il martelé.
Camille Boussoughou
