La dette de la Mairie de Port-Gentil découle d’une gestion approximative, selon un leader de la société civile

L’hôtel de ville de Port-Gentil © D.R

À Port-Gentil, la dette municipale estimée à plus de 6 milliards de FCFA s’impose désormais comme un sujet brûlant du débat public. Pour Cédric Tchissambou, acteur de la société civile, il ne s’agit pas d’un simple déséquilibre budgétaire, mais « d’une crise structurelle profonde », qui elle, est le résultat d’années d’accumulation, de décisions contestées et d’un pilotage financier défaillant.

Dans une analyse qu’il présente comme rigoureuse, il met directement en cause la gestion municipale et interpelle le nouveau président du conseil municipal, Pascal Houangni Ambouroue sur l’ampleur de l’endettement. Au cœur du problème, selon lui : la dette contractée envers le prestataire chargé de la collecte des ordures, Gabon propre service (GPS).

L’accumulation d’arriérés depuis 2015 constituerait « la cause centrale » de l’asphyxie financière. Paiements irréguliers, contrat jugé trop coûteux au regard des capacités réelles de la commune, absence de renégociation structurelle : la municipalité se serait enfermée dans un modèle économiquement insoutenable. Avec à peine 60 millions de FCFA mobilisables mensuellement, la mairie ne disposerait pas de marges suffisantes pour absorber une dette d’une telle ampleur.

L’acteur de la société civile Cédric Tchissambou © D.R

« Ce n’est pas une surprise, c’est une bombe à retardement qui a fini par exploser », estime Cédric Tchissambou.

Autre signal d’alarme : l’effondrement des recettes municipales. Entre 2024 et 2025, elles seraient passées de plus de 4 milliards à moins de 2 milliards de FCFA, soit une baisse de 26,25 %. Pour l’acteur de la société civile, cette contraction révèle des failles profondes :

Faiblesse chronique du recouvrement des taxes locales ; incivisme fiscal et poids de l’économie informelle ; soupçons de fuite de recettes ; ralentissement économique local, notamment lié au secteur pétrolier.

Pour lui, « on ne peut pas gérer une ville moderne avec des recettes en chute libre et des charges rigides ».

Le budget 2025, voté à 8,65 milliards de FCFA (en baisse d’environ 12 %), serait entièrement absorbé par les dépenses de fonctionnement : salaires, entretien minimal, charges administratives. Conséquence directe : aucun investissement structurant.

Pas d’acquisition de nouveaux camions, pas de modernisation des équipements, pas de renouvellement du parc logistique. La dépendance envers le prestataire privé demeure entière, alimentant la spirale d’endettement.

« Quand une collectivité ne peut plus investir, elle entre dans un cercle vicieux : les infrastructures se dégradent et les coûts explosent », analyse-t-il.

L’analyse pointe également des décisions passées ayant alourdi durablement la masse salariale : primes jugées « fantaisistes », absence de grille réglementaire claire, pratiques qualifiées de clientélistes. La réduction récente de certaines primes serait, selon lui, un correctif d’urgence pour éviter l’effondrement budgétaire.

« La mauvaise gestion n’est pas qu’une accusation politique, c’est un fait comptable », insiste Cédric Tchissambou.

Autre fragilité majeure : la forte dépendance aux ristournes de l’État. Le moindre retard de transfert bloque l’exécution budgétaire et retarde le paiement des prestataires, accentuant les tensions de trésorerie. À ces contraintes financières s’ajoutent des défis opérationnels : volume croissant de déchets, incivisme, inondations récurrentes, dégradation des équipements.

La remise en service d’un ancien camion multibenne pour renforcer la collecte illustre, selon lui, « l’ampleur du retard accumulé en matière d’investissement ». Pour l’acteur de la société civile, la conclusion est sans ambiguïté : la dette de la mairie de Port-Gentil n’est ni accidentelle ni conjoncturelle. Elle est structurelle et ancienne. Elle résulte d’un contrat lourd et mal maîtrisé avec le prestataire d’ordures ; d’une chute drastique des recettes propres ; d’une masse salariale rigide ; d’une dépendance excessive à l’État ; d’un déficit chronique d’investissement.

« Tant qu’il n’y aura pas de réforme profonde, renégociation des contrats, modernisation du recouvrement fiscal, audit indépendant et plan de restructuration de la dette, la ville restera sous perfusion », prévient-il.

À Port-Gentil, le débat est désormais ouvert. Reste à savoir si l’exécutif municipal répondra point par point à ces accusations qui mettent en cause la transparence et la soutenabilité de la gestion locale.

        Jean-Jacques Rovaria Djodji

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