Depuis la publication du décret n°0239 du 22 mai 2026 encadrant l’utilisation, l’exploitation et la commercialisation de l’iboga, de nombreuses interrogations agitent l’opinion. Pour Guy Bertrand Mapangou, traditionaliste et président du Conseil économique, social, environnemental et culturel, plusieurs interprétations relayées dans l’espace public reposent sur une mauvaise lecture du texte. Dans cette tribune, il appelle à la pédagogie, au dialogue et à la préservation d’un patrimoine culturel considéré comme stratégique pour le Gabon.
IBOGA : POURQUOI TANT DE POLÉMIQUE ET DE DÉSINFORMATION ?
Depuis la publication du décret n° 0239 du 22 mai 2026 relatif àl’utilisation, l’exploitation et la commercialisation de l’Iboga, denombreuses interrogations – et parfois des interprétationsfantaisistes ont émergé au sein de l’opinion gabonaise.Certains commentaires relayés sur les réseaux sociaux ou parcertains médias ont suscité des inquiétudes, laissant croire que lespratiques traditionnelles liées à l’iboga seraient désormais interdites, ou que les détenteurs de savoirs ancestraux nepourraient plus utiliser librement cette plante emblématique de notre patrimoine traditionnel. Cette lecture est inexacte. Il convientdonc de clarifier cette situation, à la suite des précisions déjàapportées par le ministère de la Culture.
Un patrimoine culturel vivant
L’iboga ccupe une place singulière dans l’histoire, la culture et la spiritualité du Gabon. Depuis des générations, les communautés traditionnelles – Nimas, Nimas na Kombo, Ngangas, Ngangas na sumba, initiés du Bwiti et nombreuses autres communautés initiatiques féminines – utilisent l’iboga dans des pratiques culturelles, spirituelles, thérapeutiques et sociales reconnues par l’histoire nationale. Le nouveau décret sur l’Iboga ne remet nullement en cause cette réalité : il s’inscrit au contraire dans une volonté de mieux protéger ce patrimoine face aux menaces croissantes qui le concernent.
Pourquoi ce décret ?
Depuis plusieurs années, l’intérêt international pour l’iboga et ses alcaloïdes ne cesse de croitre, entrainant une pression commerciale accrue sur la ressource, des risques de surexploitation, des tentatives d’appropriation des connaissances traditionnelles, le développement de marchés internationaux parfois opaques, ainsi que des préoccupations relatives a la conservation de l’espèce. Face à ces défis, le gouvernement a choisi de renforcer les outils de protection de l’iboga et des savoirs qui lui sont associés, afin de préserver les intérêts du Gabon et de ses populations. Les pratiques traditionnelles ne sont pas interdites. L’un des principaux malentendus consiste à croire que les pratiques traditionnelles seraient désormais interdites. Que nenni. Le décret fixe un cadre général destiné à organiser certaines activités liées à l’iboga, notamment lorsqu’elles présentent des enjeux économiques, scientifiques ou commerciaux. Il ne vise ni à criminaliser les détenteurs de savoirs traditionnels, ni à remettre en cause les fondements culturels et spirituels du Bwété. Le gouvernement reconnait pleinement le rôle essentiel des gardiens de ces traditions dans la préservation du patrimoine.
Une mise en œuvre progressive
Comme tout texte règlementaire, ce décret nécessite désormais une phase d’application. Plusieurs étapes restent à accomplir: installation des mécanismes administratifs prévus, mise en place des commissions compétentes, élaboration des procédures d’autorisation, définition des modalités pratiques, consultations avec les acteurs concernés et harmonisation avec les autres administrations compétentes. Ce travail demandera du temps et devra être conduit avec rigueur, afin de garantir une application cohérente, juste et adaptée aux réalités du terrain.
Associer les détenteurs de savoirs traditionnels
La réussite de cette démarche repose sur le dialogue. Les autorités sont conscientes que les détenteurs de savoirs traditionnels, les représentants des communautés, les associations culturelles, les chercheurs, les administrations compétentes et les acteurs de la conservation doivent être associés aux réflexions sur la mise en œuvre du décret. L’objectif est de bâtir un système qui protège efficacement le patrimoine gabonais tout en respectant les réalités culturelles et sociales du pays.
Pour un climat de confiance L’iboga
(Éboghè)est aujourd’hui reconnu dans le monde entier comme l’une des ressources biologiques et culturelles les plus emblématiques du Gabon une reconnaissance qui constitue à la fois une opportunitéetuneresponsabilité.Saprotectionnepourra réussir que dans un climat deconfiance, de dialogue et de respect importé donc d’éviter les interprétations alarmiste ou mutuel : il les conclusions hâtives et convulsives.
Cedécret représente une étape importante dans la construction d’un cadre national de protection de l’iboga. Sa mise en œuvre devra se faire progressivement, dans la concertation, avec le souci constant de préserver les droits, les connaissances et la dignité des communautés qui assurent la transmission de ce patrimoine depuis desgénérations.
L’intérêt supérieur du Gabon appelle au rassemblement de toutes les bonnes volontés autour d’un objectif commun: protéger durablement l’iboga, les savoirs traditionnels qui lui sont associés, et les générations futures qui en hériteront.
Guy Bertrand MAPANGOU, Traditionaliste Président du Conseil économique, social, environnemental et culturel
