Une vue de l’axe Ndendé-Doussala © D.R
Longtemps associé aux lenteurs administratives et aux retards qui plombent de nombreux grands projets d’infrastructures en Afrique centrale, le chantier routier Ndendé-Doussala semble aujourd’hui entrer dans une nouvelle phase. Après des mois de doutes et de critiques, les travaux connaissent une accélération visible qui redonne de l’espoir autour de cet axe stratégique de 48 kilomètres reliant le sud du Gabon à la frontière congolaise.
Deux mois seulement après les inquiétudes suscitées par un taux d’exécution limité à 27 %, les autorités gabonaises affichent désormais un discours plus confiant. Le 21 mai 2026, une mission de terrain conduite par le ministère des Travaux publics et de la Construction a permis de constater une évolution significative du chantier, considéré comme l’un des projets routiers les plus emblématiques du septennat de Brice Clotaire Oligui Nguema.
Cette visite technique intervient dans un contexte où le gouvernement cherche à démontrer sa capacité à accélérer les grands projets structurants engagés depuis 2023. Car au-delà de la simple construction d’une route, Ndendé-Doussala est devenu un véritable test politique, économique et stratégique pour les nouvelles autorités gabonaises.

Les ouvriers à bien d’œuvre © D.R
D’un chantier critiqué à une reprise visible des travaux
En mars dernier, la mission conjointe menée avec la Banque africaine de développement (BAD), principal bailleur du projet, avait laissé planer un sérieux doute sur l’avenir du chantier. Le faible niveau d’avancement observé sur le terrain alimentait les interrogations sur la capacité des entreprises mobilisées à respecter les engagements contractuels et les délais annoncés.
Mais en quelques semaines, la dynamique semble avoir changé. Les travaux connaissent désormais une montée en puissance notable. Sur les 34 dalots prévus dans le cadre des ouvrages hydrauliques, 20 sont déjà achevés. Les opérations de mise en œuvre de la grave non traitée et de la grave-bitume progressent également à un rythme soutenu, tandis que le lancement effectif du bitumage marque une étape importante dans l’évolution du chantier.
L’entreprise chinoise Syno-Hydro, chargée des travaux, paraît avoir considérablement renforcé ses capacités opérationnelles sur le terrain. Une évolution saluée par le secrétaire général du ministère des Travaux publics, Sylvain Patrick Enkoro, qui n’a pas caché sa satisfaction face aux avancées observées lors de cette dernière mission d’évaluation.
Pour les autorités gabonaises, cette reprise visible des travaux est essentielle. Elle permet non seulement de rassurer les partenaires financiers internationaux, mais aussi de restaurer la confiance des populations longtemps habituées aux projets routiers interminables.
Un axe routier au cœur de l’intégration africaine
Si le chantier attire autant l’attention, c’est parce que la route Ndendé-Doussala dépasse largement le simple cadre d’une infrastructure provinciale.
Cet axe constitue en réalité l’un des segments de la grande Transafricaine, ce vaste corridor continental appelé à relier l’Algérie à l’Afrique du Sud à travers plusieurs pays africains. Dans cette perspective, la route devient un maillon stratégique de l’intégration régionale et des échanges économiques continentaux.
Pour le Gabon, l’enjeu est double : renforcer la connectivité du sud du pays tout en consolidant son ouverture vers le Congo voisin et l’espace économique d’Afrique centrale.
Depuis plusieurs années, les régions frontalières du sud gabonais souffrent d’un enclavement structurel qui limite les échanges commerciaux et freine les investissements. L’amélioration de cet axe pourrait ainsi transformer durablement les dynamiques économiques locales.
Lors du lancement officiel des travaux en 2024, le président Brice Clotaire Oligui Nguema avait d’ailleurs présenté ce projet comme un symbole de la modernisation des infrastructures nationales et du désenclavement territorial.
Derrière cette ambition, l’objectif est clair : utiliser les infrastructures routières comme leviers de croissance, de souveraineté territoriale et de cohésion nationale.
Le pari du désenclavement économique du sud gabonais
Dans cette zone frontalière, les attentes économiques sont particulièrement fortes. L’amélioration de la route Ndendé-Doussala devrait bénéficier directement à plusieurs secteurs clés, notamment l’exploitation forestière, l’agriculture, le commerce transfrontalier et le transport logistique. Les opérateurs économiques espèrent notamment une baisse significative des coûts de transport, une réduction des délais d’acheminement et une meilleure fluidité des échanges entre le Gabon et le Congo.
À terme, cette infrastructure pourrait aussi renforcer l’attractivité économique du sud du Gabon en facilitant son raccordement aux grands corridors commerciaux de la sous-région.
Le projet s’inscrit ainsi dans une vision plus large portée par les autorités gabonaises : faire des infrastructures de transport des outils de transformation économique capables d’accompagner la diversification de l’économie nationale.

Vue aérienne © D.R
Une infrastructure à forte dimension sociale
L’autre particularité du projet réside dans sa composante sociale, qui illustre une évolution notable dans la conception des politiques d’aménagement du territoire au Gabon.
Le chantier a été structuré en deux lots distincts. Le premier, confié à l’entreprise Unik BTP, ne se limite pas à la construction routière classique. Il intègre également plusieurs équipements sociaux destinés à améliorer les conditions de vie des populations riveraines.
Le programme prévoit notamment la construction d’une garderie et d’un centre multifonctionnel, l’installation d’éclairages publics solaires, la distribution de kits de transformation agricole ainsi que la réhabilitation d’écoles, de dispensaires et la réalisation de forages d’eau potable.
Cette approche intégrée traduit une nouvelle doctrine infrastructurelle : il ne s’agit plus seulement de construire des routes, mais de créer autour des infrastructures des pôles de développement capables de produire des effets économiques et sociaux durables.
Pour les populations locales, ces aménagements représentent une opportunité concrète d’amélioration des services de base dans des zones longtemps restées à l’écart des grands investissements publics.
Un chantier hautement symbolique pour le pouvoir
Au-delà des enjeux techniques et économiques, la réussite du projet Ndendé-Doussala possède une forte portée politique.
Après plusieurs mois marqués par les retards et les critiques, l’accélération des travaux permet au gouvernement de reprendre l’initiative sur un chantier devenu emblématique de la nouvelle dynamique infrastructurelle impulsée depuis 2023.
Pour le pouvoir, il s’agit désormais de maintenir cette cadence jusqu’à l’achèvement complet de la route. Car Ndendé-Doussala pourrait, à terme, devenir bien plus qu’un simple axe routier : un véritable corridor stratégique pour le sud du Gabon et un symbole de la volonté des autorités de transformer les infrastructures en instruments de développement, d’intégration régionale et d’affirmation de la souveraineté nationale.
Camille Boussoughou
