Mouila :  Gestion décriée de la morgue et des corps chez Gabosep

Il règne actuellement une confusion dans la gestion des dépouilles à la morgue locale de la Gabonaise de sépultures (Gabosep) de Mouila, capitale provinciale de la Ngounié (sud). Le dernier fait en date a contraint la justice à ordonner l’exhumation d’un corps, plongeant deux familles dans un profond désarroi.

A la suite du décès d’une dame d’un certain âge, le 26 mars 2026, sa dépouille a été admise à la morgue de la maison des pompes funèbres locales d Gabosep, à Mouila. Après plusieurs jours de préparatifs, sa famille s’est présentée, le vendredi 10 avril pour procéder à la levée du corps et organiser les obsèques.

Sur place, stupeur : le casier réfrigéré était vide. Après des heures d’attente et de recherches angoissantes, la Direction a fini par reconnaître l’impensable. Le corps de la défunte avait été remis par erreur à une autre famille, originaire de la province voisine de la Nyanga.

Ignorant tout de la méprise, ces derniers avaient transporté la dépouille jusqu’à Moabi, où ils avaient organisé une veillée funèbre avant de procéder à l’inhumation. Saisi de l’affaire, le Parquet près le tribunal de première instance de Tchibanga a ouvert une enquête et ordonné l’exhumation immédiate du corps. La dépouille a ainsi été déterrée à Moabi et restituée à sa famille biologique. Les obsèques sont désormais prévues ce mercredi 15 avril à Mouila.

De leur côté, la famille de la Nyanga vit un désarroi profond. Après avoir cru clore leur deuil, ses membres doivent reprendre l’ensemble du processus funéraire, tandis que le corps de leur parente reste conservé plus longtemps que souhaité à la morgue de Mouila.

« Nous avons pleuré, veillé et enterré celle que nous pensions être notre mère. Aujourd’hui, tout est à refaire. C’est comme si nous perdions notre défunt une seconde fois. La douleur est indescriptible », a confié Marc Koumba, un proche de la famille, ayant requis l’anonymat.

Gabosep et autres, chahutées au-delà de Mouila

Ce drame de la capitale provinciale de la Ngounié n’est malheureusement pas isolé. Ils sont de plus en plus récurrents dans les maisons de pompes funèbres au Gabon. Des cas similaires d’erreurs d’identification et de remise de corps ont déjà été signalés dans plusieurs provinces, révélant des faiblesses criantes dans la gestion des maisons mortuaires.

Récemment à Libreville, les enfants d’une famille s’est également retrouvée confrontée au même problème, contrainte d’exhumer et de refaire les funérailles de leur regrettée mère, dont une autre dépouille lui avait été remise par confusion, une semaine avant par les services de Gabosep.

De nombreuses familles sont ainsi désabusées et se plaignent régulièrement de dysfonctionnements : corps mal étiquetés, chambres froides défaillantes ou protocoles de contrôle insuffisants et le constat vaut non seulement pour Gabosep, mais aussi pour les Caveaux et sépultures du Gabon (CASEP-GA), également pointé du doigt.

Un témoignage recueilli à Franceville en 2021 reste dans les mémoires : une famille avait inhumé par erreur le corps d’un parent, avant que l’exhumation ne vienne tout bouleverser.

D’autres voix, à Libreville, dénoncent encore aujourd’hui des retards dans l’identification ou des dépouilles non réclamées qui encombrent les morgues. Ces incidents répétés soulignent un problème structurel : le manque de rigueur dans les procédures d’enregistrement, de traçabilité et de vérification croisée des identités avant toute remise de corps.

Face à ces dysfonctionnements, les populations en appellent à une réforme urgente. Meilleure formation du personnel, renforcement des systèmes d’identification (bracelets, registres numériques, double contrôle) et transparence accrue sont réclamés pour éviter que le deuil, déjà lourd, ne se transforme en calvaire supplémentaire.

Dans un pays où les rites funéraires occupent une place centrale dans la vie sociale, une telle confusion porte atteinte à la dignité des défunts et au droit des familles à faire leur deuil dans la sérénité.

Si à Mouila, la famille évoquée supra pourra enfin rendre un dernier hommage à sa parente, cet épisode douloureux qu’elle vient de traverser, comme celui de l’autre famille touchée, restera gravé comme le symbole d’une gestion des dépouilles qui doit impérativement être repensée à l’échelle nationale.

M.-O. Mignonne et Darène Mabelle Ayingone

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