Alain-Claude Bilie-By-Nzé, Président du parti politique, « Ensemble pour le Gabon » (EPG – Opposition), s’est, au cours d’une conférence de presse, ce mercredi à Libreville, exprimé sur des questions brûlantes de l’actualité gabonaise, au cœur de vifs débats dans les salons feutrés, résidences cossues et autres maquis des quartiers sous-intégrés de la capitale. L’ancien premier ministre et candidat à la présidentielle d’avril 2024, a principalement articulé son intervention autour du débat suscité par le nouveau Code de la nationalité, l’amnistie liée aux événements du coup d’État de 2023, le différend territorial avec la Guinée équatoriale et la gestion des marchés publics.
Au sujet du Code de la nationalité instituée par ordonnance présidentielle, le Président d’EPG a dénoncé sans détour un texte adopté sans consensus et porteur de divisions profondes. « Ce texte crée des catégories de Gabonais : il y a des Gabonais qui peuvent être militaires, prendre des balles pour défendre la nation, mais qui ne peuvent pas être commandants ou diriger des opérations », a-t-il fait observer.
Plus grave encore, Alain-Claude Bilie-By-Nzé alerte sur les pouvoirs accordés au Chef de l’exécutif dans ce texte : « Le fait de donner au chef de l’État la capacité de retirer la nationalité à un Gabonais selon son pouvoir d’appréciation montre bien qu’il y a une volonté de punir ceux qui iraient à l’encontre des choix de l’exécutif », déplore-t-il.
« Retirer la nationalité, c’est retirer à quelqu’un sa vie civique, sa vie politique, sa vie sociale ; c’est faire de lui un apatride. Nous ne pouvons pas laisser à un être humain le pouvoir de nous enlever ce que Dieu nous a donné », s’est-il indigné.
Sur la question de l’amnistie, l’ancien Premier ministre a dénoncé un manque de transparence qu’il juge préoccupant. « La loi d’amnistie a été adoptée et publiée, mais à ce jour elle ne donne pas la liste des bénéficiaires. Le peuple gabonais a besoin de savoir qui sont les vrais libérateurs, qui sont ceux qui ont participé, militaires comme civils », a-t-il exigé.
« Une loi d’amnistie, cela signifie qu’on efface des fautes, qu’on efface des crimes éventuels commis dans une période donnée ; mais puisque la loi les a effacés, qu’on nous dise au moins qui en a bénéficié et pour quelles raisons. C’est important pour que cela ne devienne pas une amnistie à la carte, qu’on distribue à des copains, à des consanguins », a réclamé Alain-Claude Bilie-By-Nzé.
S’agissant des marchés publics, le ton s’est fait plus accusateur. Alain Claude Bilie-By-Nzé a dénoncé une dérive systémique dans la gestion des contrats publics. « On nous avait promis la transparence, la bonne gouvernance et la fin des passe-droits, mais aujourd’hui plus de 93 % des marchés ont été passés de gré à gré, c’est-à-dire sans appel d’offres », a-t-il regretté.
« Le gré à gré signifie qu’on a donné à des amis, qu’on a confié des marchés sans études préalables et parfois sans financement sécurisé, pour des montants estimés à plusieurs milliers de milliards de francs », fait observer le Président d’EPG qui Il exige ainsi la publication de la liste des bénéficiaires desdits marchés, au nom de la lutte contre la corruption.
Enfin, sur le différend territorial avec la Guinée équatoriale sur l’Île Mbanié, l’absence de communication efficiente de la part de l’exécutif a été vertement critiquée. « À ce jour, le gouvernement n’a encore rien dit sur la nomination d’un médiateur, alors qu’il s’agit d’un conflit qui concerne directement notre souveraineté territoriale », a dénoncé Alain-Claude Bilie-By-Nzé.
« On nous a dit que le Gabon n’a pas perdu, qu’en contrepartie de Mbanié nous gagnerions d’autres localités ; mais aujourd’hui, nous voulons savoir concrètement ce que cela signifie », a-t-il plaidé. Et de conclure avec fermeté : « L’opinion publique doit être éclairée, parce qu’il s’agit du territoire national et on ne joue pas avec le territoire national », a-t-il conclu sur cette question.
Le Gabon toujours en »mode silence »
À la suite d’une décision de la Haute autorité de la communication (HAC) suspendant l’accès à plusieurs plateformes numériques sur l’ensemble du territoire, le parti Ensemble pour le Gabon (EPG) a saisi le tribunal de première instance de Libreville, dénonçant une mesure qu’il qualifie de « censure », de « décision liberticide » et de « dépassement de ses compétences » par la HAC.
Le Président d’Ensemble Pour le Gabon qui fustige par cette mesure l’embrigadement de la liberté d’expression et des libertés tout court, a dit se réserver le droit de recourir à d’autres juridictions pour casser une décision qu’il juge inique, qui met la démocratie et les libertés fondamentales en péril.
Nkili Akieme
