Nourrissons abandonnés : La société gabonaise a-t-elle touché le fond ?

Depuis plusieurs mois, la recrudescence des découvertes de bébés, voire des fœtus, abandonnés dans des circonstances bouleversantes se multiplient. Toilettes, cartons, caniveaux, églises, ou sacs plastiques sont devenus des réceptacles de nourrissons, parfois âgés de seulement quelques heures. Ils sont retrouvés dans des conditions qui suscitent stupeur et indignation à travers le pays. Un phénomène qui interroge sur le socle même des valeurs morales et traditionnelle d’une société gabonaise en perdition.

À Libreville, Akanda, Oyem, Tchibanga ou encore Port-Gentil, plusieurs cas ont récemment été signalés, révélant une réalité sociale de plus en plus préoccupante. Le 10 mai dernier à Tchibanga, dans la province de la Nyanga, un nourrisson a été retrouvé vivant dans un sac abandonné au sein d’une église du quartier Château.

Selon des témoins, ce sont les pleurs persistants du bébé qui ont alerté les riverains avant l’intervention des secours. Quelques semaines auparavant à Oyem, un autre nouveau-né avait été découvert dans un sachet plastique abandonné près d’un point d’eau public. À Akanda, c’est dans une poubelle qu’un bébé avait été récupéré vivant par des habitants bouleversés par la scène.

À chaque fois, les mêmes interrogations reviennent : qu’est-ce qui pousse une mère à abandonner son enfant dans de telles conditions ? Derrière ces drames se cachent souvent des histoires de détresse sociale, de grossesses précoces, de rejet familial, de pauvreté extrême ou encore de peur du regard de la société.

Pour plusieurs spécialistes des questions sociales et de nombreux observateurs, ces abandons traduisent à la fois une perte de valeurs traditionnelles et morales et les limites des mécanismes de prévention et d’accompagnement des jeunes femmes en difficulté.

Identifier et traiter les causes

Le manque d’éducation sexuelle, l’insuffisance d’accès à la contraception et l’absence de structures d’accueil adaptées sont régulièrement pointés du doigt.

« Beaucoup de jeunes filles vivent leurs grossesses dans la peur, parfois dans le secret total. Certaines sont abandonnées par leurs partenaires ou rejetées par leurs familles », confie un travailleur social à Port-Gentil. « Quand il n’y a aucun soutien psychologique ou social, certaines prennent des décisions extrêmes et dramatiques », a-t-il ajouté.

D’autres voix appellent les autorités à renforcer les politiques publiques de protection de l’enfance et les dispositifs d’assistance aux mères vulnérables. Des associations estiment également nécessaire de développer des centres d’accueil d’urgence capables d’accompagner discrètement les femmes enceintes en situation de détresse.

Sur les réseaux sociaux, ces affaires provoquent régulièrement une vague d’émotion. Entre colère, tristesse et incompréhension, de nombreux internautes dénoncent une société de plus en plus fragilisée par la précarité et le recul des solidarités familiales.

Les autorités judiciaires rappellent que l’abandon d’un enfant demeure un acte puni par la loi gabonaise. Des enquêtes sont généralement ouvertes afin d’identifier les auteurs, même si plusieurs affaires restent sans suite faute d’éléments suffisants. Au-delà du fait divers, les histoires de ces nourrissons abandonnés racontent surtout une urgence sociale devenue impossible à ignorer.

M.-O. Mignonne et Jean-Jacques Rovaria Djodji

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