Tapis rouge en France pour un non Bongo comme président gabonais 55 ans après

Omar Bongo a dirigé le Gabon durant 41 ans (1967-2009). Son fils Ali Bongo pendant 14 ans (2009-2023). Les deux anciens présidents gabonais ont cumulé 55 ans au pouvoir soit plus d’un demi-siècle correspondant également aux nombres d’années qu’aucun chef de l’Etat gabonais ne portant pas le nom de Bongo n’a marché sur le tapis rouge du palais de l’Elysée.

Arrivée à Paris ce mardi, le général Brice Clotaire Oligui Nguéma, le nouvel homme fort du Gabon est sur le point de devenir ce premier président du Gabon qui ne s’appelle pas Bongo à marcher sur le tapis rouge au palais de l’Elysée.

Il s’agit d’un événement qui focalise l’intérêt de la presse jusqu’au-delà de la sphère francophone.

Les premiers pas d’Oligui Nguéma vont être très scrutés tout comme ses premières paroles sur le perron de la présidence française après le tête à tête programmé avec le président français Emmanuel Macron.

Adoubement

Pour les observateurs des relations entre la France et le Gabon, la lecture de cette visite est très claire. Le « putschiste » qui a balayé le régime des Bongo père et fils est arrivé à Paris pour son baptême : se faire adouber.

La France a d’ailleurs été très tolérante dès le coup d’Etat qui a renversé les Bongo. Sa prise de position a plutôt été molle et conciliante. Pas de rappel d’ambassadeur, pas de sanctions économiques ciblées, pas d’interdiction de visas pour les putschistes, pas de proposition de résolution à l’ONU pour contraindre les militaires de rendre immédiatement le pourvoir aux civils…

Survie de la Françafrique

Le Gabon, le Cameroun, le Congo Brazzaville et la Côte d’Ivoire ont longtemps été désignés comme les pays du pré carré de la France en Afrique. Cette appellation en vogue dans les années 80 et 90 a certes été volontairement mise en sourdine, reste que les relations entre la Paris et ces Etats demeurent privilégiées.  

Agé à peine de 49 ans, le général Oligui Nguéma avec son homologue tchadien Mahamat Idriss Deby Itno est l’une des étoiles qui montent en Afrique centrale, région où la longévité au pouvoir est légendaire.

La bienveillance française est perçue comme une volonté de perpétuer une coopération qui a fonctionné durant le siècle dernier sur la base des réseaux très décriés de la Françafrique. Tous les derniers dirigeants français de l’après Jacques Chirac ont eu la ferme volonté de tuer ces réseaux très détestés dans les ex-colonies françaises d’Afrique. Aucun dirigeant français n’y a cependant parvenu.

Oligui Nguéma est, à tord ou à raison, perçu comme la jeune garde sur laquelle Paris veut s’appuyer pour maintenir son influence en Afrique francophone où certains pays ont décidé de s’émanciper (Mali, Burkina Faso, Niger, Guinée Conakry et dans une certaine mesure la Centrafrique).

Frustrations et convergences

Contrairement aux Bongo (père et fils), Oligui Nguéma est un président polygame. Un statut presque non toléré en France. Pie encore, le dialogue national a adopté une recommandation peu favorable à l’homosexualité. Selon cette recommandation, le mariage au Gabon est défini comme une union entre deux personnes de sexe opposé. Une définition qui est loin de celle de la France qui assure la promotion des homosexuels jusqu’au sommet de l’Etat.

Le renforcement des relations diplomatiques et économiques reste les points de convergence entre les deux pays. Oligui Nguema a besoin de la carte diplomatique française pour asseoir son pouvoir. Il a aussi besoin de dynamiser ses relations économiques avec la France.

De son côté, la France a aussi besoin de maintenir ses parts de marché au Gabon sérieusement grapillées par la Chine, l’Inde et d’autres puissances émergentes dont la politique de pénétration dans l’ex chasse gardée française est très agressive.

La petite phrase remplie de sagesse prononcée par feu Omar Bongo reste d’actualité. La France sans l’Afrique est comme une voiture sans carburant. L’un a forcément besoin de l’autre.

Oligui Nguema, par principe de réciprocité, demandera certainement à son homologue français de se rendre à Libreville avant les élections de fin de la transition prévues en août 2025.

Camille Boussoughou

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