Dans sa dynamique de refondation des institutions, le gouvernement s’attaque désormais au chantier du sport national. Réuni hier en Conseil des ministres dirigé par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguéma, le gouvernement a adopté deux projets de décret qui visent à remettre de l’ordre dans l’univers des associations sportives, longtemps fragilisé par le manque d’organisation, l’opacité dans la gestion et l’absence de véritables mécanismes de contrôle.
Pendant des années, de nombreuses associations ont évolué dans un flou administratif presque total, avec des structures parfois peu actives, des financements difficilement traçables et des résultats insuffisants malgré le potentiel reconnu des athlètes gabonais. Hormis quelques performances marquantes des Panthères et de certaines disciplines individuelles, le sport national peine encore à atteindre le niveau d’organisation et de compétitivité attendu.
Pour rompre définitivement avec ces vieux démons, les deux nouveaux textes adoptés fixent un cadre juridique strict et inédit. Ils s’appuient sur l’article 95 de la Constitution ainsi que sur les articles 60 et 62 de la loi n°033/2020 du 22 mars 2021 portant orientation de la politique nationale du sport et de l’éducation physique, les nouvelles mesures instaurent un cadre plus strict pour la reconnaissance et le fonctionnement des associations sportives.
Au cœur de cette réforme figure l’agrément technique, qui devient désormais la clé d’entrée incontournable pour toute association souhaitant bénéficier d’une reconnaissance officielle de l’État. Cela permettra de mettre fin aux structures dites “fantômes” et obliger les organisations sportives à respecter des critères précis en matière de gouvernance, d’encadrement, d’organisation administrative et de fonctionnement.
L’agrément ne sera plus automatique ni acquis définitivement. Les associations devront régulièrement démontrer leur sérieux, leurs résultats et leur conformité aux exigences établies par les autorités sportives. En cas de mauvaise gestion, de dérives ou de non-respect des engagements, l’État se réserve désormais le droit de suspendre ou de retirer cet agrément.
L’autre volet majeur de la réforme concerne les subventions publiques. Là encore, le gouvernement affiche une volonté de rupture avec certaines pratiques du passé. Les aides financières accordées par l’État seront désormais conditionnées à des critères de transparence et de performance. Les associations devront produire des bilans financiers fiables, présenter des projets sportifs crédibles et justifier l’utilisation des fonds reçus.
À travers cette nouvelle approche, le gouvernement souhaite instaurer une culture de responsabilité dans la gestion du sport. L’argent public devra servir à développer les disciplines, former les jeunes talents et améliorer les performances nationales, plutôt qu’à alimenter des structures peu productives ou mal organisées.
En ciblant directement les associations et les clubs à la base du système sportif, le gouvernement veut construire un écosystème plus solide, capable de soutenir durablement toutes les disciplines, du football au basketball, en passant par l’athlétisme, les arts martiaux ou encore le handball.
Avec ces nouveaux textes, le message envoyé aux fédérations et aux dirigeants sportifs est sans ambiguïté : l’heure de l’improvisation est terminée. Une nouvelle ère s’ouvre pour le sport gabonais, placée sous le signe de la discipline, de la transparence et de la performance.
Betines Makosso
