Finances publiques : le Gabon serre la ceinture pour éviter le dérapage budgétaire

Le gouvernement gabonais a décidé de resserrer fortement les dépenses publiques à travers un projet de loi de finances rectificative 2026 adopté vendredi, en Conseil des ministres sous la présidence du Chef de l’État Brice Clotaire Oligui Nguema. Confronté à une baisse importante des recettes publiques, au ralentissement de la croissance économique et aux exigences des partenaires financiers internationaux, l’exécutif opte désormais pour une gestion budgétaire plus prudente afin de préserver les équilibres macroéconomiques du pays.

Le gouvernement gabonais vient d’envoyer un signal fort de rigueur budgétaire. Présenté par Thierry Minko, le projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026 ramène le budget de l’État à 5 495,2 milliards FCFA contre 6 358,2 milliards initialement prévus, soit une baisse de près de 863 milliards FCFA. Cette révision traduit une volonté assumée de revenir à des prévisions plus réalistes dans un contexte économique devenu plus contraignant. La croissance nationale, attendue à 6,5 % au départ, est finalement revue à 4 %, conséquence notamment des contre-performances observées dans plusieurs secteurs clés de l’économie.

Malgré un pétrole gabonais remonté autour de 75 dollars le baril, les recettes publiques enregistrent une forte contraction. Le gouvernement choisit donc de suivre une ligne de discipline budgétaire conforme aux recommandations de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale et du Fonds monétaire international. Plusieurs mesures sont annoncées : limitation des exonérations fiscales, contrôle renforcé des dépenses publiques et recours accru au marché financier à travers l’émission de titres publics.

Les investissements publics figurent parmi les principales victimes de cette cure d’austérité avec près de 968 milliards FCFA retranchés, notamment sur des projets jugés insuffisamment préparés.
Malgré cette politique de rigueur, l’exécutif tente de préserver un minimum d’équilibre social. Les subventions sur les produits pétroliers, la farine et le carburant destiné aux pêcheurs artisanaux sont maintenues afin de limiter l’impact de la vie chère sur les populations. Mais la situation reste fragilisée par le poids de la dette publique.

Plus de 1 309 milliards FCFA seront consacrés au remboursement de la dette, tandis que les charges financières atteignent désormais 487,6 milliards FCFA. À travers ce PLFR 2026, Libreville cherche surtout à rassurer ses partenaires financiers et à restaurer sa crédibilité économique dans l’optique d’éventuelles discussions futures avec le FMI.

Le Gabon n’en est pas à son premier ajustement budgétaire en cours d’année. En 2017 déjà, en pleine crise économique provoquée par la chute des cours du pétrole, le gouvernement avait adopté une loi de finances rectificative afin de revoir ses prévisions budgétaires et lancer un plan de relance économique négocié avec le Fonds monétaire international. À l’époque, les recettes de l’État avaient été revues à la baisse tandis que Libreville cherchait à contenir le déficit public et à préserver ses engagements sociaux.

En 2021, au plus fort des conséquences économiques de la pandémie de Covid-19, un nouveau projet de loi de finances rectificative avait également été adopté. Le gouvernement avait alors augmenté le budget de l’État pour financer la riposte sanitaire, soutenir le Plan d’accélération de la transformation (PAT) et intégrer plusieurs réformes exigées dans le cadre du programme conclu avec le FMI.

Le PLFR 2026 s’inscrit donc dans cette continuité : adapter le budget de l’État aux réalités économiques du moment tout en essayant de maintenir la stabilité financière du pays face à la pression de la dette et aux exigences des partenaires internationaux.

Betines Makosso et Nkili Akieme

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