Iboga : le Gabon affirme sa souveraineté et valorise un trésor national

Le Gabon vient de franchir une étape décisive en se dotant d’un cadre juridique ambitieux autour de l’Iboga. À la faveur d’un projet de décret structurant, Libreville entend désormais encadrer, protéger et valoriser cette plante emblématique, tout en affirmant sa souveraineté sur un patrimoine à haute valeur culturelle et scientifique.

Cette initiative intervient dans un climat mondial en pleine évolution, notamment après la récente décision de Donald Trump de relancer le débat autour de certaines substances naturelles à potentiel thérapeutique. Face à ces dynamiques, le Gabon choisit une voie maîtrisée : celle d’une régulation rigoureuse, adossée aux normes internationales et respectueuse des savoirs ancestraux.

Le projet de décret adopté par le conseil des ministres de ce jeudi consacre l’Iboga, scientifiquement désigné sous le nom de Tabernanthe iboga, ainsi que ses dérivés — dont l’ibogaïne — comme patrimoine stratégique national. Il s’inscrit dans le cadre du Protocole de Nagoya et des instruments de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle. Il

Au-delà de la reconnaissance symbolique, le texte introduit une architecture de gouvernance inédite. Toute activité liée à l’Iboga — de la recherche à la commercialisation, en passant par l’exploitation et l’exportation — sera désormais soumise à une autorisation préalable du ministère en charge de la Culture, sur avis conforme d’une commission technique interministérielle. Une disposition qui vise à garantir la traçabilité, la transparence et la durabilité de la filière.

L’un des apports majeurs de cette réforme réside dans l’instauration d’un mécanisme de partage juste et équitable des avantages. Les communautés autochtones et locales, dépositaires des savoirs traditionnels liés à l’usage de l’Iboga, seront pleinement associées aux retombées économiques. Le texte prévoit également une protection juridique renforcée de ces connaissances, ainsi qu’un encadrement strict des dépôts de brevets afin de prévenir toute appropriation abusive.

Dans une vision résolument tournée vers l’avenir, le projet de décret prévoit la création d’un Fonds souverain de l’Iboga. Cet instrument financier aura pour vocation de soutenir la recherche scientifique nationale, de structurer une filière économique compétitive et de promouvoir le patrimoine culturel gabonais sur la scène internationale.

Par cette réforme, le Gabon ne se contente pas de réglementer : il pose les jalons d’un modèle de développement fondé sur la valorisation responsable de ses ressources endogènes. Une démarche qui pourrait faire école, à l’heure où la question de la souveraineté sur les ressources naturelles et les savoirs traditionnels s’impose comme un enjeu stratégique mondial.

Marie Dorothée

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