Grève des enseignants : les inspecteurs vont pointer les absences lundi

La tension monte d’un cran dans le secteur éducatif gabonais. Alors que la grève des enseignants se poursuit sur l’ensemble du territoire, les autorités ont annoncé le déploiement, dès lundi prochain, de missions d’inspection chargées de contrôler l’effectivité de la reprise des cours dans les établissements publics. Une décision qui suscite une vive indignation au sein du Collectif SOS ÉDUCATION « la base », lequel dénonce une démarche jugée « paradoxale, provocatrice et méprisante » dans un contexte de grève qu’il qualifie de légitime et assumée.

Dans une note de positionnement rendue publique le jeudi 16 janvier, les enseignants réunis au sein du collectif estiment que l’État ne peut feindre d’ignorer les causes profondes de la paralysie du système éducatif. Selon eux, ces causes sont connues, documentées et relèvent avant tout de la responsabilité des pouvoirs publics.

Marcel Libama lors de l’AG de SOS Education ce 17 janvier @Gabonactu.com

Le collectif pointe notamment la précarité administrative et financière qui touche plusieurs milliers d’enseignants, les retards chroniques d’intégration et de titularisation, l’absence de rappels de solde, mais aussi le déficit persistant de dialogue social sincère. À cela s’ajoute, selon les enseignants, une dégradation continue des conditions matérielles et morales d’exercice du métier.

Pour SOS ÉDUCATION « la base », envoyer des inspecteurs constater l’absence de cours revient à inverser les responsabilités. « On cherche à surveiller, culpabiliser et éventuellement sanctionner les enseignants plutôt qu’à s’attaquer aux racines du mal », déplore le collectif, qui estime que cette posture renforce le sentiment d’un profond mépris envers le corps enseignant.

Les enseignants rappellent que la continuité du service public d’éducation ne peut être exigée indéfiniment dans un contexte marqué par l’injustice, la précarité et le non-respect des engagements de l’État. « On ne contrôle efficacement que ce que l’on n’a pas soi-même saboté », martèlent-ils.

Le collectif insiste également sur le rôle central de l’enseignant dans la société gabonaise, le présentant non comme un obstacle, mais comme « le dernier rempart de l’école », malgré les sacrifices consentis et les humiliations répétées. Plutôt que des missions d’inspection jugées « stériles », SOS ÉDUCATION appelle à des actes concrets et immédiats, à des engagements écrits, datés, chiffrés et vérifiables, ainsi qu’à l’ouverture d’un véritable dialogue franc, inclusif et respectueux de la base.

Camelia Ntoutoume Leclarcq, ministre de l’Education nationale @ Gabonactu.com

Lors de l’assemblée générale tenue samedi à Libreville, les enseignants ont décidé de maintenir la grève jusqu’à satisfaction totale de leurs revendications. « Cette fois-ci, tout ou rien », ont-ils déclaré, excluant toute reprise des cours sans avancées substantielles.

Au nombre des revendications figurent notamment l’arrêt immédiat de toute forme de précarisation des enseignants, la régularisation urgente des situations administratives avec effet solde rétroactif, la mise en solde des 900 enseignants scientifiques et des sortants des écoles de formation, la suppression du pré-salaire, la revalorisation des primes, le paiement des rappels dus et l’amélioration durable des conditions de travail et de vie.

Christina Thélin Ondo

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