Dans une analyse consacrée à la filière Andock au Gabon, la revue ‘’La Lettre Verte’’ révèle que cette culture dont le poids économique, longtemps peu documenté, apporte une contribution tangible à l’économie nationale, entre création de revenus ruraux, recettes fiscales et enjeux de structuration.
Dans une étude intitulée Analyse de la chaîne de valeur de la mangue sauvage (Andock, Irvingia gabonensis de son scientifique) au Gabon, Guillaume Lescuyer et Hervé Charles Ndume Engone documentent le comportement d’une filière dont le manque de données n’avait jusque-là jamais permis de mesurer avec précision la contribution à l’économie nationale.
Leurs travaux mettent en lumière une valeur ajoutée nette directe de près de 974 millions de Francs CFA par an, pour un chiffre d’affaires global estimé à environ 1,64 milliard de Francs CFA, combinant les ventes d’amandes et de pâtes issues de l’Andock.
Au-delà de ces performances économiques, la filière se distingue par son caractère inclusif et son potentiel comme levier de lutte contre la pauvreté en zone rurale, grâce à la génération de revenus saisonniers rapides, bien que modestes.
Elle contribue à hauteur de 0,01 % du PIB hors pétrole et de 0,13 % du PIB agricole, tout en générant l’équivalent de 950 emplois domestiques informels et près de 69 millions de Francs CFA de recettes fiscales annuelles, principalement issues de la fiscalité indirecte.
Les détaillants représentent 51 % de ces recettes, suivis des commerçants avec 33 % et des producteurs avec 16 %. Sans bénéficier d’aucun soutien public ni de subventions, le secteur présente ainsi une fiscalité nette positive pour l’État.
Entraves et contraintes
Cependant, cette dynamique économique reste freinée par plusieurs contraintes structurelles. La production locale demeure largement orientée vers le marché domestique, tandis qu’en parallèle, près de 40 tonnes d’amandes sont importées chaque année depuis le Cameroun.
À cela s’ajoute la dépendance aux importations pour les équipements et outils nécessaires à la production comme à la commercialisation. Cette situation place la balance commerciale de la filière à un déficit de 203 millions de francs CFA, traduisant une forte dépendance aux consommations intermédiaires et aux volumes importés.
L’étude souligne également que la filière reste entravée par une organisation atomisée, où les acteurs interviennent individuellement, sans structures collectives capables de mutualiser les coûts, d’améliorer la logistique ou de stabiliser les prix. L’enclavement des zones de production, lié au mauvais état des routes et au caractère rudimentaire des transports fluviaux, réduit considérablement l’efficacité du secteur.
À cela s’ajoute l’absence de maîtrise des techniques de domestication, qui rend les rendements fortement dépendants des aléas climatiques et limite toute planification sérieuse de la production.
Solutions et préconisations
Face à ces défis, les auteurs envisagent deux trajectoires : maintenir la dynamique actuelle de la filière ou engager la création d’une certification susceptible de valoriser l’Andock sur les marchés régionaux et internationaux.
Cette seconde option pourrait renforcer la transition verte du Gabon et contribuer à substituer certaines importations, mais elle supposerait de relever des défis majeurs, notamment les coûts élevés de certification, la nécessité d’un cadre institutionnel solide et le risque d’exclusion des petits producteurs face à la complexité des normes.
Entre potentiel économique, contribution sociale et nécessité de transformation structurelle, la filière Andok apparaît comme une richesse encore sous-exploitée, dont l’avenir dépendra autant des choix stratégiques des pouvoirs publics que de la capacité des acteurs à bâtir une chaîne de valeur plus organisée, durable et compétitive.
Produit forestier non ligneux (Pfnl) de consommation courante, l’Andock, occupe une place singulière dans les habitudes alimentaires au Gabon.
Très apprécié pour son goût unique ainsi que pour sa facilité de conservation, ce produit demeure disponible sur les marchés nationaux presque toute l’année à des prix accessibles, reposant sur une ressource naturelle abondante qui garantit sa disponibilité dans les terroirs villageois.
Alph ’-Whilem Eslie et Darène Mabelle Ayingone
