Hôpital Schweitzer de Lambaréné : cinq mois d’arriérés de salaires pour le personnel

Le personnel de l’hôpital Schweitzer de Lambaréné accuse actuellement cinq mois d’arriérés de salaires, selon des informations recueillies par la rédaction de Gabonactu.com.

La situation est jugée alarmante et difficilement concevable au regard du prestige de l’établissement.

« C’est triste et inimaginable il y a encore quelques années », confie une source proche du dossier. Le célèbre hôpital fondé par le Albert Schweitzer, autrefois symbole d’excellence médicale en Afrique centrale, traverse aujourd’hui une crise profonde.

Sur le terrain, les témoignages décrivent une situation sociale préoccupante. « Le personnel n’est plus payé. Le mythe du “Grand Blanc de Lambaréné” s’écroule », déplore un agent de santé sous couvert d’anonymat. La dégradation des conditions de vie des employés est perçue comme le reflet de l’état de délabrement de cette structure jadis florissante.

Fondé en 1913 par Albert Schweitzer et son épouse Hélène, l’hôpital avait débuté comme un modeste dispensaire avant de devenir une référence médicale. Guidé par le principe du « respect de la vie », son fondateur avait progressivement bâti un complexe comprenant des infrastructures de soins, un village pour les familles et même un espace dédié aux malades de la lèpre dans les années 1950.

Plus l’ombre d’un patient ou d’agent dans ce hall d’attente autrefois bondé de monde © DR

Albert Schweitzer a obtenu le prix Nobel de la paix en 1952 grâce à cet hôpital spécialisé en médecine tropicale.

Pendant longtemps, franchir les portes de cet établissement était synonyme d’espoir pour des milliers de patients. « Les malades avaient une confiance totale dans la qualité des soins », rappelle un ancien usager.

Des tensions de gouvernance en toile de fond

Après la disparition d’Albert Schweitzer en 1965, l’hôpital a poursuivi ses activités tout en modernisant ses installations. Toutefois, sous la présidence de Ali Bongo Ondimba, des tensions latentes sont apparues entre les autorités gabonaises et les partenaires occidentaux, notamment français et allemands.

« L’État gabonais finançait une part importante du budget, mais la gestion restait aux mains de la fondation qui était entre les mains des blancs », explique un observateur. Cette situation a progressivement conduit à des frictions, Libreville cherchant à reprendre davantage de contrôle sur l’administration de l’hôpital.

Selon plusieurs sources, certaines facilités accordées aux partenaires étrangers ont été revues à la baisse. Cci a accentué les incompréhensions. « Une guerre en sourdine s’est installée entre les différentes parties », résume un acteur du secteur.

Hôpital Schweitzer à Lambaréné / Gabonactu.com
Partie historique de l’Hôpital Schweitzer à Lambaréné © Gabonactu.com

Un avenir incertain

Aujourd’hui, les conséquences de ces tensions semblent peser lourdement sur le fonctionnement de l’établissement. L’aura internationale de l’hôpital est en net recul, et la mobilisation des donateurs et mécènes, autrefois essentielle à son équilibre financier, s’essouffle.

« Le risque est grand de voir disparaître ce qui était une véritable vitrine médicale du pays si rien n’est fait », alerte une source interne.

Symbole fort de cette crise, le personnel risque de ne célébrer, cette année, la fête du travail du 1er mai, une première dans l’histoire de l’institution. « C’est un signal très inquiétant », conclut un employé qui appelle les parties gabonaises, françaises et allemandes de s’asseoir pour sauver ce patrimoine en perdition.

Carl Nsitou

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