L’Expert-comptable : Un acteur au cœur du développement économique

Expert-comptable, Jean Fidèle Otandault, inscrit au tableau de l’Ordre des Experts – Comptables Paris île – de – France et du Gabon édifie les lecteur sur le métier un peu mal connu d’expertise comptable.

A l’heure où les économies africaines sont durement frappées par la pandémie de la Covid-19, notamment les entreprises, moteurs de la croissance économique, quel est le rôle que peut jouer au Gabon, l’expert-comptable au côté du gouvernement pour relancer la croissance ?

Le monde fait face à plusieurs crises sans précédents. Une crise sanitaire qui s’est muée en crise sociale, puis économique, occasionnant dans certains pays une crise de confiance dans les institutions. Notre environnement économique se caractérise par deux mots clés : Changement et Incertitude. Pour accompagner les entreprises dans un contexte changeant, laissant planer des incertitudes au plan économique, l’expert-comptable, de par ses compétences pluridisciplinaires, apparaît comme un atout pour l’investisseur ou le chef d’entreprise qui pourrait lui confier plusieurs types de missions, en fonction des attentes de leurs entreprises. Qu’il s’agisse de les accompagner dans leurs démarches vis à vis de l’administration, dans la recherche ou la structuration des financements auprès des banques ou dans l’examen des comptes.

Au Gabon, sous impulsion du Président de la République Chef de L’État, son Excellence Ali BONGO ONDIMBA, le Gouvernement a pris, depuis quelques années, plusieurs initiatives en faveur de la création d’entreprise, donc de la lutte contre le chômage et plus particulièrement le chômage des jeunes. Jamais, l’esprit d’entreprendre n’a été aussi dynamique au Gabon. Mais il va falloir d’une part, continuer d’inciter ceux qui ont un projet à sauter le pas de la création d’entreprise en sécurisant leur démarche, et d’autre part assurer la pérennité de ces jeunes pousses. Pour que notre économie se porte bien, il faut qu’elle suscite des vocations d’entrepreneurs. Par leurs conseils, les experts-comptables apportent une aide incontestable aux entreprises qui se créent. Ce sont des interventions essentielles pour accompagner le développement et la pérennité des entreprises.

De quelles manières concrètes l’expert-comptable peut-il aider l’exécutif à élaborer des plans de soutien cohérents aux entreprises ?

De la création de l’entreprise à sa transmission[1] , l’expert-comptable apporte au dirigeant sa vision globale de généraliste pour l’informer, l’éclairer, lui “simplifier l’entreprise” et lui permettre ainsi de se recentrer sur son métier. Toutes les entreprises, de toute taille (de l’entreprise individuelle à la multinationale) et de tout secteur (industrie, commerce, artisanat, services, agriculture), mais aussi les professions libérales, les associations, les collectivités locales, le secteur public et parapublic peuvent bénéficier des conseils des experts-comptables. Qui connaît donc mieux l’entreprise que l’expert-comptable ? Notre économie se doit donc d’attendre la contribution des experts-comptables à son évolution et à son redressement.  

Pourquoi est-ce si important, aujourd’hui, pour un pays africain de disposer d’un ordre des experts-comptables ? Quelle est la plus-value que cette corporation apporte dans la gouvernance économique d’un pays ?

Les experts-comptables se regroupent au sein d’un ordre national qui est une entité dotée de la personnalité juridique créé par une loi dans chaque Etat membre de la CEMAC (articles 4 et 5 du règlement n°11/01-UEAC-027-CM-07). La profession étant réglementée, l’une des missions dévolues à l’ordre est d’adopter un code de déontologie et un règlement intérieur. Ceci permet d’assurer une garantie de la qualité de nos différentes prestations et une crédibilité renforcée et unifiée de la profession.

Par sa formation hautement qualifiée, le diplômé d’expertise comptable est capable d’apporter des solutions concrètes aux préoccupations économiques, financières, juridiques, fiscales et sociales de ses clients.

Enfin, l’expert-comptable peut aussi consacrer une partie de son activité à l’enseignement public ou privé.

Vous aviez été Ministre d’État au Budget et aux Comptes publics. Depuis la mise en place de l’ordre national des experts-comptables du Gabon, qu’est-ce-qui a fondamentalement changé dans la certification des comptes des entreprises ?

Tout d’abord, je crois qu’il est encore trop tôt pour quantifier l’impact de la création de l’ordre car la certification est une obligation légale pour les entreprises qui atteignent certains seuils financiers et manifestement, il y a encore de nombreuses entreprises qui ne certifient pas leurs comptes. Soit par ignorance, soit par volonté de se défiler… C’est ici que pourrait intervenir l’État, en martelant cette obligation, par exemple lors du dépôt des liasses fiscale.

Toutefois, nous vivons dans un pays où l’État est un important client pour les entreprises locales. La commande publique, entendue comme l’ensemble des contrats et achats passés par les personnes publiques (administration centrale et institutions, établissements publics et collectivités publiques) pour satisfaire leurs besoins, structure en grande partie la vie économique de notre pays. 

Dans ce contexte, il importe pour l’État de traiter avec des entreprises responsables dont la situation comptable est claire. J’entends par là des entreprises dont les bilans sont connus et présentés dans le respect des règles internationales, des entreprises qui respectent leurs engagements fiscaux, dont les états financiers sont scrutés par des commissaires aux comptes.

Une fois que cette clarification est apportée avec l’aide des experts-comptables, cela peut rassurer l’État sur le sérieux des entreprises à qui il confie des marchés et par conséquent sur la bonne exécution desdits marchés. Nous aurons donc de plus en plus en face de nous des entreprises responsables et non pas des sociétés créées pour l’obtention d’un marché avant de s’évanouir dans la nature. On peut donc dire que les experts-comptables contribuent à la qualité des informations financières sur les entreprises qui sont amenées à être en relation d’affaire avec l’État.

L’autre aspect important pour l’État qui dispose de nombreux établissements et sociétés publics intervenant parfois dans les secteurs marchands, c’est d’apporter là aussi une lumière plus vive sur la tenue des comptes de ces organismes publics. Bien entendu, la loi place la cour des comptes aux avant-poste dans l’examen des comptes dans ces entités publiques, mais l’expérience a démontré que le concours apporté par les experts-comptables dans la certification de comptes n’est pas de trop. La Cour des comptes ne me semble pas avoir la possibilité de se déployer chaque année au sein de chaque établissement public ou société d’État. Donc le second avantage est celui de la bonne tenue des comptes de certains organismes en autonomie de gestion.

Que pensez-vous de la réponse du Gouvernement à la crise sanitaire ?

La réponse des autorités gabonaises a été rapide, sur le volet santé mais également dans le domaine économique et social. Il faut ici saluer la réactivité du Gouvernement qui, sous les Très Hautes orientations du Chef de l’État, nous a, jusqu’ici, épargné la catastrophe sanitaire que certains prédisaient. 

En effet, plus de trois mois après la détection du premier cas, le Gabon compte un peu moins de 6000 cas confirmés et 44 décès. Depuis l’annonce du premier cas (le 12 mars), les autorités gabonaises ont progressivement renforcé les mesures préventives sur le plan sanitaire pour freiner la propagation de l’épidémie avec notamment la mise en place d’un couvre-feu de 18h à 6h, la fermeture des établissements scolaires et des petits commerces, la fermeture des frontières maritimes, terrestres et aériennes (hors fret), le confinement du grand Libreville.

Dans un autre côté, nous avons privilégié le dépistage de masse sur l’ensemble du territoire en nous dotant de moyens conséquents. Ainsi, sept laboratoires sont actuellement disponibles pour une capacité de dépistage de 11 000 tests/jour. La prise en charge a été améliorée grâce à l’augmentation de la capacité litière et au renforcement du plateau technique. Je peux dire sans risque de me tromper que dans la sous-région, notre pays est peut-être celui qui a adopté la meilleure stratégie et cela en tenant compte des carences que nos différents pays accusent dans le domaine de la santé.

Le second volet, dans la réponse concerne l’économie, où avec les moyens de bord d’un pays qui amorçait sa sortie d’un programme triennal avec le FMI, nous avons tenté de contenir la vague déferlante que nous voyions tous venir, en termes de destructions d’emplois, de dégradation du bilan de nos entreprises, d’appauvrissement d’une partie de la population qui évolue dans l’économie informelle. Je crois que nous en sommes là aujourd’hui : tenter d’apporter des réponses aux conséquences économiques et sociales de la crise sanitaire.

Il est encore trop tôt pour faire un bilan global mais compte tenu de la structure de notre économie, constituée en grande partie d’acteurs évoluant dans l’informel, les mesures visant les PME pourraient n’avoir qu’un impact limité en raison des conditions qui réservaient l’accès au guichet de financement aux entreprises du secteur formel à jour de leurs obligations fiscales et sociales, et prêtes à s’engager à maintenir l’emploi. Toutefois le dispositif arrêté a le mérite d’exister.

Il en est de même pour les mesures d’accompagnement social : gratuité des transports, aide pour le paiement des factures d’eau et d’électricité, mise en place d’une banque alimentaire ont pu constituer des filets sociaux non négligeables pour bon nombre de gabonais.

Je ne peux qu’encourager le Gouvernement dans sa démarche.

L’après-Covid-19 et les plans de relance économique font l’objet de toutes les analyses dans les pays du monde. Quelle feuille de route, en termes de priorités d’actions, pouvez-vous suggérer au Gouvernement ?

D’abord inviter le Gouvernement à poursuivre tout en les intensifiant, les efforts qu’il a déjà consenti au plan sanitaire. 

A la lecture de la loi de finances rectificative adoptée à l’Assemblée national, il apparaît que la baisse des dépenses budgétaires affectera surtout les investissements.  Notre budget sera en baisse de près de 10 % par rapport aux prévisions initiales, en faisant l’hypothèse d’un prix du baril moyen pour l’année en forte baisse (30 USD, contre 57 USD dans la LFI) mais d’un maintien de la production (10,4 millions de tonnes métriques). Les dépenses d’investissement sont réduites d’un quart, mais les dépenses de fonctionnement – et en particulier les salaires des fonctionnaires – sont assurées.

Nous n’avons pas bénéficié de moratoire accordé par le Club de Paris et les pays du G20, mais nous avons pu recevoir une aide d’urgence du FMI. L’endettement du pays devrait également augmenter et passer de 56% à 69% du PIB.

Dans ce contexte, les États doivent tout faire pour éviter un arrêt brutal de l’activité économique sur le continent et consacrer à la réponse sanitaire tous les fonds nécessaires pour limiter la propagation du virus au sein des populations et prendre en charge les personnes nécessitant des soins médicaux. La crise nous oblige à renforcer davantage notre système de santé et cela devient pour le coup une mesure économique. C’est même la première des priorités économiques. Des sommes importantes ont été consacrées à la santé ces dernières années au Gabon mais l’argent ne suffit pas toujours pour avoir de l’efficacité. C’est pourquoi, à moyen terme, pour mieux soutenir ce secteur, il serait de bonne gestion de procéder à un audit de nos hôpitaux civils, afin d’identifier les marges d’amélioration dans leur organisation et leur fonctionnement. Cela dit, nous devons d’ores et déjà penser l’après-Covid-19.

Cette crise nous apprend une leçon essentielle. Les économies qui subiront les plus lourdes conséquences sont évidemment les économies rentières. Nous alertons depuis plusieurs années déjà, mais il faut espérer que cette fois-ci, le sursaut aura bien lieu. Nous devons absolument diversifier et miser sur d’autres secteurs comme l’agriculture qui doit être à la fois plus intensive tout en étant respectueuse de l’environnement ; les nouvelles technologies et surtout la transformation des matières premières. L’Afrique est mal intégrée aux chaînes de valeur globales. Elle demeure principalement exportatrice de matières premières et importatrice de produits finis. Nous le voyons par exemple dans la filière bois, le pétrole, le coton ou le café-cacao. C’est un non-sens ! Pour s’en sortir, les pays africains doivent se détacher du rôle qu’ils se sont historiquement octroyés dans la chaîne du système mondialisé actuel, en s’attribuant une autre mission.

Dans ce changement de paradigme, les États doivent jouer pleinement leur rôle, tout d’abord en investissant massivement dans les infrastructures, en collaboration avec des partenaires, bailleurs de fonds, entreprises multinationales et autres. Car les pays africains n’ont pas les budgets nécessaires pour assurer seuls la relance et devront donc compter sur des partenariats publics privés.

Quelles en sont les actions prioritaires ?

Mettre en place une stratégie planifiée de financement pour achever en priorité les chantiers initiés en matière d’investissement. Nos pays ne peuvent faire l’impasse sur les investissements dans les infrastructures. La crise nous montre aussi l’importance d’établir des plans nationaux pour une industrialisation répartie sur l’ensemble de nos territoires, pour permettre la transformation de nos produits et renforcer le commerce entre nous, et ainsi moins dépendre de l’extérieur pour nos produits de base ou de première nécessité.

L’autre priorité est d’accélérer et d’accroître le paiement de la dette intérieure dans nos pays et au Gabon en particulier. C’est une exigence fondamentale. Cette mesure doit bénéficier en priorité aux entreprises qui préservent les emplois et qui réinvestissent leurs bénéfices dans nos pays. Aujourd’hui le niveau d’évasion des fonds de nos pays est supérieur à l’IDE et même à l’aide des bailleurs de fonds. Nous devons travailler à attirer davantage de capitaux et à garder chez nous, les capitaux qui s’y trouvent déjà.

Source : quotidien L’union


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