Gabon : le résistant Mitsogo Mbombè-A-Gnangué contre l’empire colonial français raconté dans un ouvrage par le Pr Daniel Franck Idiata

« Mbombè-A-Gnangué et la guerre des Mitsogo contre l’empire colonial français au sud du Gabon » est le nouvel ouvrage du Pr Daniel Franck Idiata, présenté le 9 septembre 2026 à Libreville dans une conférence de presse. À travers cet essai, l’universitaire met en lumière le parcours et les qualités d’un chef de guerre longtemps resté dans l’ombre, mais dont la résistance à la domination coloniale française aura contribué à la défense de son peuple et, plus largement, à l’histoire de la marche du Gabon vers son indépendance.

Publié aux Éditions universitaires gabonaises (EUG), l’ouvrage est le fruit de plus de dix années de recherches. Il revient notamment sur la résistance de Mbombè-A-Gnangué, un chef Mitsogo initié au Bwiti, puissant rite initiatique largement répandu au Gabon, qui s’est fermement opposé au système colonial, notamment en refusant catégoriquement de s’acquitter de l’impôt imposé par l’administration coloniale.

À cette époque, le refus de payer cet impôt pouvait exposer les populations à de lourdes représailles, voire à la mort. C’est dans ce contexte particulièrement violent que se déroule l’histoire de Mbombè-A-Gnangué, entre 1903 et 1913.

Face à la pression de l’administration coloniale, le chef Mitsogo choisit de prendre le maquis avec les siens. Depuis les profondeurs de la forêt dense de l’actuelle province de la Ngounié, il met en place de solides stratégies de guérilla, destinées à résister aux forces coloniales. Selon les éléments présentés par l’auteur, cette résistance aurait causé d’importantes pertes parmi les miliciens et militaires français engagés dans les opérations de répression.

Mais après près d’une décennie de conflit, les divisions internes finissent par fragiliser le mouvement de résistance. Mbombè-A-Gnangué sera finalement victime de trahison, notamment de la part de son propre petit frère, mettant un terme à son combat.

« Il faut une stèle digne de ce nom pour Mbombè-A-Gnangué », a lancé  Pr Daniel Franck Idiata, appelant ainsi à la réhabilitation mémorielle de ce résistant dont le parcours, estime-t-il, constitue une partie importante de l’histoire du Gabon. Pour lui,  cette figure historique mérite aujourd’hui une véritable reconnaissance nationale.

L’ouvrage revient également sur les liens entre Mbombè-A-Gnangué et une autre grande figure de la résistance anticoloniale dans le sud du Gabon : Mavouroulou, plus connu sous le nom de Nyonda Makita, présenté comme l’un des principaux résistants du peuple Bapunu, également implanté dans cette partie du pays. Le livre met ainsi en évidence les connexions entre plusieurs mouvements de résistance qui ont marqué cette période de l’histoire gabonaise.

La conférence de presse a également été l’occasion pour le Pr Daniel Franck Idiata de présenter un second ouvrage intitulé « Pascal Moulopo, sauveur de Léon Mba et de son régime ».

Ce livre retrace le parcours d’un militaire, sergent-chef, auquel sa hiérarchie avait confié la mission de mettre à l’abri le Président de la République, Léon Mba, lors du coup d’État de février 1964.

Par son intervention, Pascal Moulopo aurait contribué à assurer la protection du chef de l’État et à préserver la stabilité du jeune État gabonais indépendant. Une action que l’auteur considère comme suffisamment marquante pour mériter d’être davantage connue et reconnue.

Dans les deux ouvrages, le Pr Daniel Franck Idiata poursuit ainsi un même travail : faire sortir de l’oubli des figures historiques originaires du département de l’Ogoulou, dans la province de la Ngounié, dont les trajectoires se sont inscrites dans le service de la Nation.

Mbombè-A-Gnangué, figure de la résistance anticoloniale, et Pascal Moulopo, acteur de la préservation du pouvoir d’État au lendemain de l’indépendance, appartiennent à deux périodes différentes de l’histoire du Gabon. Pourtant, leurs parcours présentent un point commun, celui d’hommes dont les actes ont marqué leur époque, mais dont la mémoire reste encore insuffisamment valorisée.

Camille Boussoughou

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