Litige foncier / Affaire Eddy Minang – Marinette Malamba : Qui fait obstacle à l’application du droit ?

Alors que les juridictions administratives ont tranché au sujet du litige portant sur la parcelle n°52 (section NE) à Port-Gentil, au bénéfice de dame Marinette Malamba et donc au détriment d’Eddy Narcisse Minang, ancien Procureur général près la Cour d’appel judiciaire de Libreville, l’application des décisions de justice semble pourtant se heurter à des forces d’inertie. Face au blocage persistant du dossier, la victime avait le 25 juin interpellé directement le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Augustin Emane, dénonçant la paralysie de l’appareil judiciaire face à un haut magistrat. La réaction de la Chancellerie, intervenue le 6 juillet 2026, consultée par Gabonactu.com et particulièrement explicite, semble sceller la légitimité du combat de la plaignante.

Dans une correspondance signée par le Secrétaire général de la Chancellerie, Jacques Lébama, le ministère confirme d’emblée que la saisine « concernant le litige qui vous oppose à Monsieur Eddy Narcisse Minang, magistrat et Procureur Général près la Cour d’Appel Judicaire de Libreville » est bien parvenue à son haut destinataire.

En réponse, le Chancelier souligne qu’il (le ministre) « a constaté que vous êtes bénéficiaire de décisions de justice qui vous sont favorables ». Avant de formaliser sans détours la position du Garde des Sceaux : « Dans ce contexte, eu égard au principe de la séparation des pouvoirs, il vous recommande de recourir, au besoin avec l’assistance d’un avocat, aux voies de droit appropriées pour faire exécuter les décisions de justice que vous avez obtenues contre votre antagoniste afin de jouir pleinement des droits qui vous sont reconnus ».

De toute évidence, par ces mots précis, l’État valide la victoire judiciaire de la requérante et l’invite à faire valoir ses prérogatives par la force de la loi.

Pourtant, concrétiser cette orientation tient du chemin de croix. Marinette Malamba confie avoir éprouvé toutes les difficultés du monde pour qu’un auxiliaire de justice accepte de se charger de son dossier, la plupart refusant systématiquement dès la découverte de l’identité de « son puissant antagoniste », a-t-elle déclaré pour s’en indigner.

C’est finalement Maître Jean Roger Nkolo Ponogo, huissier de justice résidant à Port-Gentil, qui a accepté d’engager les démarches d’exécution. L’officier ministériel a dépêché son clerc sur le terrain pour dresser un inventaire contradictoire des constructions édifiées sur la parcelle par Ali Baraka, l’acquéreur auquel Eddy Minang avait revendu le terrain. Mais sur place, le gardien du chantier a fermement interdit l’accès à la concession au clerc d’huissier, malgré la présentation des documents de justice.

Face à cette obstruction, Maître Nkolo en a dressé procès-verbal. L’huissier de justice affirme avoir lui-même saisi le procureur de la République afin de disposer de la Force publique, préalable indispensable pour accomplir librement son travail et procéder à l’exécution des décisions rendues en faveur de Marinette Malamba.

Pourtant, plus d’une semaine après l’annonce de cette démarche, les choses ne bougent pas d’un pouce. Si ce piétinement du parquet venait à se confirmer, il poserait une question gênante : la justice gabonaise a-t-elle le courage de faire appliquer ses propres décisions quand elles dérangent l’un de ses membres ?

Vraisemblablement, Obtenir gain de cause devant les prétoires est une chose, voir la force publique garantir l’application du droit en est une autre.

Alph ’-Whilem Eslie

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error

Vous aimez l'article? Merci de le partager.