Jérémie Gustave Nzamba & Idriss Fall : 2 baobabs de la presse panafricaine tombent

Le monde du journalisme africain pleure deux de ses figures les plus respectées. En l’espace de deux jours seulement, la presse francophone africaine a perdu Idriss Fall, rédacteur en chef du service francophone de la Voix de l’Amérique (VOA), décédé jeudi à Washington, et Jérémie Gustave Nzamba, journaliste chevronné et ancienne gloire de la radio panafricaine Africa N°1, rappelé à Dieu samedi.

Deux départs qui laissent un vide immense, deux voix qui ont accompagné des générations de lecteurs et d’auditeurs à travers les tourments et les espoirs du continent.

Idriss Fall, une vie donnée à l’information

Né au Sénégal, Idriss Fall avait fait de sa vie un long service rendu à la vérité. Recruté par la VOA en 1992 alors qu’il vivait en France, il avait gravi patiemment tous les échelons jusqu’à devenir rédacteur en chef du service francophone, fonction qu’il a exercée avec une rigueur et une passion intactes pendant près de trente ans.

Grand reporter dans l’âme, il avait couvert, souvent au péril de sa vie, les drames les plus sombres de l’histoire récente du continent : le génocide rwandais de 1994, les guerres civiles au Congo-Brazzaville et au Gabon, les rébellions en Côte d’Ivoire, les coups d’État au Niger ou encore les violences en République centrafricaine. Son courage sur le terrain lui avait valu le prestigieux « David Burke Distinguished Journalism Award« , une distinction que le conseil d’administration de la VOA n’accorde que rarement, pour saluer l’intégrité, le courage et l’originalité journalistique.

On se souvient qu’il fut, en 2012, le premier journaliste étranger à pénétrer dans la ville de Gao, dans le nord du Mali, alors sous le contrôle du Mujao, bravant le danger pour témoigner de la réalité du terrorisme. Seize ans plus tôt, en 1996, il avait déjà été le premier reporter à accéder aux zones rebelles de l’est de l’ancien Zaïre, révélant au monde l’existence de Laurent-Désiré Kabila, que beaucoup croyaient mort.

Mais au-delà du grand reporter, c’est un mentor que pleurent aujourd’hui de nombreux journalistes africains. Idriss Fall a formé et accompagné des générations de correspondants, leur transmettant une exigence sans concession pour l’éthique et la déontologie du métier.

« Pour moi, il était bien plus qu’un rédacteur en chef », confie Ismaël Obiang Nze, correspondant de la VOA au Gabon, recruté par Idriss Fall le 7 janvier 2019. Ce jour-là, alors que le pays traversait une tentative de putsch, le jeune journaliste s’était retrouvé plongé dans un direct télévisé et radiophonique grandeur nature. Les retours exigeants de son rédacteur en chef, sa confiance aussi, avaient marqué le début d’une collaboration que la mort vient aujourd’hui d’interrompre.

Jérémie Gustave Nzamba, une autre plume qui s’éteint

Deux jours à peine après la disparition d’Idriss Fall, c’est Jérémie Gustave Nzamba, journaliste chevronné d’Africa, qui s’est éteint samedi, ajoutant le deuil au deuil dans une profession déjà endolorie. Sa disparition suscite une vive émotion parmi ses confrères, qui saluent la mémoire d’un homme de presse dont le parcours a lui aussi marqué le paysage médiatique.

Ces deux départs, survenus à quarante-huit heures d’intervalle, résonnent comme une double perte pour le journalisme africain francophone, privé en quelques jours de deux de ses plumes les plus fidèles à l’exigence de vérité et de terrain.

À leurs familles, à leurs proches et à leurs confrères, va la profonde compassion de toute une profession en deuil.

Ismaël Obiang Nze et Yves Laurent Goma

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