Énergie en Afrique centrale : A Bujumbura, la CEEAC pose le diagnostic d’un potentiel inexploité

Des experts de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) examine depuis mercredi à Bujumbura (Burundi) un rapport régional sur l’état du secteur énergétique de l’Afrique centrale et ses perspectives à l’horizon 2035 – un document appelé à nourrir la future Politique énergétique régionale de la CEEAC.

Le paradoxe régional en matière de ressources énergétiques a été au centre de toutes les interventions. L’Afrique centrale regorge de ressources — hydroélectricité, gaz naturel, solaire, biomasse — mais la plupart de ses États peinent à les transformer en électricité pour leurs populations.

Le constat rejoint les données des institutions internationales : dans plusieurs pays de la sous-région, le taux d’accès à l’électricité reste inférieur à 40 %, et parfois à 20 %, une situation aggravée, selon les analyses régionales, par l’insécurité, la faiblesse des institutions et le sous-développement des infrastructures.

Plus largement, l’Afrique subsaharienne concentre 86 % du déficit mondial d’accès à l’électricité, avec 563 millions de personnes qui en restaient privées en 2024 — un fardeau dont l’Afrique centrale porte une large part.

C’est ce décalage entre richesse du sous-sol et pauvreté énergétique qu’a résumé un intervenant à la tribune bujumburaise : « la question que nous devons nous poser aujourd’hui n’est donc plus seulement : « De quelles ressources énergétiques disposons-nous ? » mais la vraie question est : « Que faisons-nous de ces ressources pour transformer durablement la vie de nos populations ? » »

Les participants à l’atelier de Bujumbura © Com CEEAC / Placide Ibouanga Ndinga

La cérémonie d’ouverture, présidée par le ministre burundais des Ressources minières, énergétiques, de l’Industrie, du Commerce et du Tourisme, Hassan Kibeya, a réuni un parterre représentatif de la diplomatie énergétique sous-régionale : le représentant du ministre équato-guinéen des Hydrocarbures, Mines et Électricité — la Guinée équatoriale assurant la présidence tournante de la Conférence des chefs d’État de la CEEAC —, ainsi que des délégués de l’Union africaine, de la Banque africaine de développement et du Centre d’excellence d’Oyo pour les énergies renouvelables.

La Commission de la CEEAC était conduite par son directeur de l’Énergie, Armand Désiré Demazagoa Bakotta, tandis que des experts des États membres travaillaient aux côtés du cabinet Ginger Sofreco, chargé de l’élaboration du rapport.

Les travaux de Bujumbura doivent déboucher sur l’adoption d’une feuille de route commune pour faire émerger « une Politique Énergétique Régionale forte, cohérente et opérationnelle, capable d’accompagner durablement la transformation économique et sociale de l’Afrique centrale », a déclaré Hassan Kibeya.

Le document, une fois validé, doit servir de socle aux États membres de la CEEAC pour mutualiser leurs infrastructures — barrages, interconnexions, réseaux transfrontaliers — plutôt que de continuer à développer leurs capacités en ordre dispersé, un mode de gestion fragmenté régulièrement pointé du doigt par les bailleurs internationaux comme frein à l’électrification du continent.

Marie Dorothée

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