Bakoumba : un petit paradis perdu à la recherche d’un nouvel avenir

Tout semble être figé dans le temps à Bakoumba. 1991 fut la dernière année glorieuse pour cet ancien petit paradis qui faisait rêver tout le Gabon et le Congo Brazzaville voisin. 1991, une date sombre pour la ville. c’était la fin des activités du téléphérique. Il y a donc 30 ans. COMILOG qui a « inventé » la ville a cessé brutalement l’aventure du manganèse via Bakoumba et tout continue de s’écrouler dangereusement sous le regard impuissant des populations locales.

Arsène Painson, quinquagénaire, est natif de Bakoumba. Ce métis né d’une mère Nzebi et d’un ancien cadre français de la COMILOG nous a fait visiter sa ville où il est arrivé la veille pour rendre un dernier hommage à un parent décédé. Nous entamons la visite par l’ancien Foyer. « Ici il y avait le cinéma pour les ouvriers. La vie gravitait par ici », se souvient-il. Juste derrière, la cité des ouvriers. « Là ce sont les maisons des ouvriers avec femmes… plus loin, les ouvriers qui n’avaient pas de femme et plus loin encore l’internat des nouvelles recrues… », explique-t-il le souvenir vif.


Une vue partielle d’une cité des ouvriers © Gabonactu.com

Le tour est vite joué. Nous débouchons sur la route principale qui divise Bakoumba en deux. « Ici c’était la douane. Les produits venaient du Port de Pointe Noire au Congo. C’était un grand poste douanier », fait-il remarquer en montrant du doigt les bâtiments restés débout juste à côté des locaux de la gendarmerie également érigés à la même époque.

Les vestiges du téléphérique

La traversée est vite faite vers la cité des cadres. L’économat, la salle de cinéma, la poissonnerie, la maternité, les résidences des cadres, les salles des jeux, le complexe des loisirs et naturellement la zone industrielle où se trouvaient les ateliers.

Tout est fermé. Abandonné. Quelques engins s’usent lentement à découvert sous le poids des intempéries. Un gros rouleau d’un câble qui faisait défiler les mini-bennes chargées de manganèse de Moanda jusqu’à Mbinda au Congo sur une distance de plus de 100 km témoigne encore du passé industriel de Bakoumba. La salle de commande était déjà automatisée. Plusieurs installations sont encore intactes.

« C’est triste de voir cet endroit dans cet état. Quand on arrive ici, on est quasiment en larme », suffoque Painson qui réside à Libreville.

« Bakoumba est le vestige d’un endroit qui a vécu des moments glorieux », témoigne pour sa part, André Massard, Directeur de la Communication et des relations publiques de COMILOG, filiale du groupe métallurgique français Eramet.

Ateliers du téléphérique à Bakoumba © Gabonactu.com

« Depuis les années 70 nous mangions les pompes de France. Le fromage et le saucisson. Tout venait de la France à partir de Pointe Noire », ajoute Painson qui se souvient encore de l’un des rares coins où tous les enfants naissaient dans une maternité bien équipée et grandissaient dans des cités où des gouvernantes circulaient pour s’assurer que toutes les maisons étaient bien tenues. « Si ce n’était pas le cas, le père écopait d’une sanction au travail », rappelle le métis.

Depuis 1962 à 1991, COMILOG évacuait le manganèse de Moanda via le port de Pointe Noire au Congo. Le précieux caillou quittait Moanda pour Bakoumba via un téléphérique. Bakoumba était comme le principal dépôt, le principal poste technique avant la poursuite du transfert du minerai vers Mbinda, la ville Congolaise où le minerai était chargé dans des wagons à destination du port de Pointe Noire. Le Gabon à l’époque n’avait pas de chemin de fer. Il était cependant fier de disposer du plus long téléphérique du monde, long de plus de 100 km.

Tourner la page pour un futur radieux

En réalité, COMILOG n’a jamais tourné le dos à Bakoumba. La ville est maintenue sous perfusion grâce aux investissements de l’entreprise. Bakoumba est à ce jour l’unique ville du Gabon où la pisciculture est un succès. Les tilapias de Bakoumba (environ 120 tonnes par an) sont présents dans les assiettes de Moanda (70 000 habitants) et Franceville, la capitale de la province du Haut Ogooué. La pisciculture est développée par la SODEPAL, une société créée par COMILOG dans le cadre de la responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE). L’ambition était de reconvertir le personnel laissé sur le carreau suite à l’arrêt définitif et irréversible du téléphérique.

Photo © Gabonactu.com

Il y a ensuite le parc de la Lékédi. Unique parc au Gabon où les colonies des buffles sont observées comme des vaches. Pas du tout agressifs alors que les buffles sont réputés être les animaux sauvages les plus agressifs d’Afrique centrale. Le parc est aussi une « clinique » de réhabilitation des primates sauvés du braconnage…

Journée historique pour la renaissance de Bakoumba

La SODEPAL et le parc de la Lekédi ne font cependant pas le poids. Très loin de la surface financière que générait le téléphérique. Le chômage et la précarité sont palpables dans la ville. Une étude de la Banque mondiale l’aurait confirmée. Du coup, COMILOG a décidé de mettre les bouchées doubles.

Le 8 juillet, un beau petit monde est rassemblé dans l’ancien économat actuellement rénové. Cadres administratifs, élus locaux, chefs de quartiers, jeunes et vieux font la synthèse des consultations démarrées en avril autour du plan de développement local de Bakoumba et du département de Lekoko pour la période 2021 à 2025.

Les débats sont heurtés mais le consens fini par naître autours de 83 projets de développement prioritaire.

« C’est une journée historique pour la renaissance de Bakoumba », a soupiré André Massard qui a veillé au bon déroulement des travaux pour le compte de la COMILOG.

Le maire de Bakoumba Jonas Limete lors du forum RSE de Comilog © Gabonactu.com

« COMILOG n’abandonnera jamais Bakoumba », ajoute-t-il sous les applaudissements des riverains les visages radieux.

« COMILOG est notre partenaire historique », reconnait le maire de Bakoumba, Jonas Limete.

Les projets retenus pour faire redécoller cette localité vont de l’achèvement de la route Bakoumba-Moanda (30 km d’une piste chaotique) à l’électrification avec un point focal sur l’agriculture.

« Notre plan de développement local est ambitieux. Nous attendons son application intégrale pour le bien des fils et filles de Bakoumba », a pour sa part exulté le député de la ville, Mesmin Ngabikoumou Wada qui plaide par ailleurs en faveur d’une transformation locale des produits du terroir.

« Nous voulons faire de Bakoumba le grenier agricole du Haut-Ogooué », s’engage COMILOG. Les mécanismes de financement du plan sont assez clairs. Il s’agit des fonds mis à disposition par la COMILOG dans le cadre de la responsabilité société de l’entreprise (RSE) et le renoncement par l’Etat gabonais de percevoir certaines taxes que l’entreprise minière reverse directement dans les projets de développement local. L’enveloppe annuelle varierait entre 5 et 6 milliards de FCFA à répartir entre les villes de Bakoumba, Moanda et Mounana toutes créées grâce à l’activité minière.

Carl Nsitou


One thought on “Bakoumba : un petit paradis perdu à la recherche d’un nouvel avenir

  1. Il est encore ici l’occasion d’alerter sur la gestion de nos entreprises par les nationaux. BAKOUMBA est un exemple palpable. Le Bilan de M. Abeke doit être fait sur la Gestion des acquis de BAKOUMBA et de MOANDA. en effet lorsque les occidentaux étaient a la tête de comilog plusieurs projets sociaux y foisonnaient, et toutes les communautés ethniques du gabons y cohabitaient dans une symbiose extraordinaire. pour preuve il est rare de trouver une famille gabonaise qui n ai pas parent né a Moanda ou à Bakoumba.

    Mais lorsque le compatriote gabonais y avait pris ses fonctions, c est comme si un démon était descendu du ciel pour punir les gens de leurs pêchés. le tribalisme, le pillage, et pire le patrimoine de la Cimolog a été bradé faute d’ouverture d’esprit pour leur entretient.
    l’esprit primitif qui nous habite malgré des longues études, finit toujours par ressurgir lorsqu’ une parcelle de pouvoir nous est attribuée, c’est peut être cela le retour vers nos mœurs et coutumes mais si c est dans du négatif que cela nous conduit, nous devons y remédier.

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