Affaire Ballack Obame : le compte-rendu l’audience du mercredi devant le tribunal correctionnel

Ballack Obame a comparu ce mercredi matin devant le Tribunal Correctionnel pour les délits de propagation à trouble à l’ordre public et incitation à la révolte contre l’autorité de l’État ( article 88 code pénal gabonais).

Ce procès s’inscrit dans le « continuum » de l’affaire Kelly Ondo Obiang du 7 janvier 2019. En effet, Ballack Obame a été arrêté le 21 janvier 2019, suite aux événements ayant marqué la journée du 7 janvier 2019.


Il est 9h30 quand Madame la Présidente du Tribunal donne la parole au prévenu Ballack Obame pour exposer sa version des faits. 

Dans une voix empreinte d’assurance, le prévenu relate que le 7 janvier 2019 vers 4h du matin, il a été réveillé par l’un de ses amis habitant juste à un jet de pierre de chez lui. Son ami lui a demandé s’il avait écouté les bruits de fusils qui retentissaient non loin de leurs domiciles. Quelques minutes après, pendant qu’il était avec son ami, Ballack Obame dit avoir reçu un coup de fil d’un homme qui s’était présenté comme étant Lieutenant Kelly Ondo Obiang. Ce dernier lui a dit au téléphone que l’armée a décidé de prendre les choses en main comme le pays est en danger.

Ballack Obame continue son récit : c’est vers 7h du matin qu’il s’est rendu à la Radio Télévision Gabonaise en qualité d’”Observateur de France 24” (L’émission “Les Observateurs” sur France 24 permet à des citoyens d’alerter la chaîne et/ou d’envoyer des contenus à la chaîne pour que celle-ci les utilise dans son émission “Les Observateurs”. Les citoyens “observateurs” ne sont pas des journalistes et ne sont en aucun cas rémunérés par la chaîne).

Une fois sur les lieux, il va constater la présence de militaires dans la Cour de la RTG et que d’autres militaires et gendarmes étaient aux alentours du bâtiment. La foule ne cessait d’arriver pour s’enquérir de la situation. Le prévenu ajoute que pendant qu’il était devant le bâtiment un militaire va lui dire : « Ballack, c’est moi qui t’ai appelé tout à l’heure, je suis le lieutenant Kelly Ondo Obiang,” et que ce dernier lui a expliqué que le pays est en danger et par conséquent, que l’armée a décidé de prendre les choses en main.

Et à cet instant, avec l’autorisation de Kelly Ondo, il s’est mis à prendre des images en qualité d’Observateur de France 24, et les a publiées sur sa page Facebook.

Mais c’est à partir du 15 janvier 2019 que les malheurs de Ballack Obame vont commencer. Le prévenu explique au Tribunal qu’il avait fait une publication sur sa page Facebook avec la photo de Kelly Ondo Obiang lors de son passage au Prytanée militaire.

Suite à cette publication, un avatar sur Facebook (une personne sous un faux profil) lui a écrit en inbox lui donnant l’ordre de retirer rapidement cette publication, parce qu’elle salit l’image du Prytanée militaire, et que s’il ne retirait pas la publication, il s’exposait donc à une arrestation.  Ballack Obame a refusé de supprimer sa publication et s’en sont suivies alors des paroles injurieuses entre les deux en inbox.

Et c’est le 21 janvier 2019 que, pendant qu’il était en train de siroter un verre avec des amis et des  » go  » dans un bon maquis de Plaine Orety, des personnes en civile sont venus les arrêter. Quatre personnes dont Ballack ont été arrêtées.

Puis, ils ont été conduits à la Direction Générale de Contre Ingérence et de la Sécurité Militaire (le fameux B2). Une fois au B2, le Colonel Sipamio Berre, directeur du B2 de l’époque, va dire à Ballack Obame que c’est lui qui lui avait envoyé les messages inbox Facebook avec le compte avatar.

A cet instant, Ballack Obame va alors demander des excuses au Colonel pour avoir refusé de supprimer sa publication.

Quelques jours après, les 3 autres amis de Ballack Obame qui avaient été arrêtés ont été libérés.

Seul Ballack est donc resté en garde à vue avec Kelly Ondo Obiang et les 8 autres agents jusqu’au 7 février 2019, jour où il a été présenté devant le Procureur de la République … et placé sous mandat de dépôt pour “complicité d’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat” par le juge d’instruction.

Ballack Obame va ajouter qu’une fois à la prison centrale de Libreville, il va être surpris de découvrir que sur son dossier du greffe est marqué « Adjudant Ballack Obame… » c’est seulement plus tard qu’il va dire au juge d’instruction qu’il n’est pas militaire, et demander d’où sort ce grade adjudant.

Le prévenu rappelle à la Cour qu’il a passé 6 mois en isolement à la prison centrale de Libreville…

Après le récit de Ballack Obame, le tribunal continue les débats. Madame la Présidente pose la question au prévenu : quelles sont les missions d’un Observateur de France 24 ? Le prévenu va répondre au tribunal que l’Observateur doit donner des informations réelles.

Quant au message de Ballack Obame qui avait été posté sur sa page « Les militaires ont pris d’assaut Gabon Télévision. Voici les militaires conscients, rejoignez-nous, » Mme la Présidente, va encore poser la question de savoir : « Voici les militaires conscients, » est-ce votre point de vue ?  Pourquoi avoir ajouté cette partie ?  En qualité d’Observateur, vous ne devez pas avoir de point de vue personnel. Et l’assaut est une action brutale, pourquoi parler des “militaires conscients ? »

Ballack Obame va répondre au Tribunal, que c’est le lieutenant Kelly Ondo Obiang qui avait dit qu’ils sont des militaires conscients.

Après les débats, le tribunal donne la parole à l’avocat de l’Etat pour sa plaidoirie. Sur le délit de propagande du trouble à l’ordre public, Me Homa Moussavou dira que le message publié par Ballack Obame était un message mensonger, et que cela montrait son intention de troubler l’ordre public.

L’avocat va faire lecture de l’article 88 du code pénal gabonais: « Sera puni d’un emprisonnement de six mois à cinq ans et d’une amende de 24 000 à 250 000 francs, quiconque participera, de quelque manière que ce soit, à toute propagande écrite ou orale tendant à troubler la paix publique, à inciter à la révolte contre les autorités de l’Etat, à porter atteinte à la République dans le prestige de ses institutions, à provoquer la désunion des citoyens, à instituer la haine raciale, religieuse ou tribale et, de façon générale, à nuire aux intérêts vitaux de l’Etat et de la Nation. »

Et sur le délit d’incitation à la révolte, l’avocat de l’Etat gabonais va ajouter que le fait pour Ballack Obame d’écrire « Rejoignez nous » est un appel à la révolte. Par ce message, il voulait créer la révolte mais la République n’a pas suivi son message. Il demande alors au Tribunal de le déclarer coupable.

Sur la Constitution de la partie civile, l’avocat de l’État gabonais va demander au tribunal de condamner Sieur Ballack Obame à 100 millions d’amende pour le préjudice que la République a subi à cause du délit de ce dernier.

Me Homa Moussavou va conclure sa plaidoirie par cette citation : « C’est dans l’esprit des hommes que naissent la guerre et c’est dans l’esprit des hommes qu’on doit rechercher la paix. »

Le Procureur de la République, pour ses réquisitions, va faire observer au Tribunal que Ballack Obame est coordonnateur des jeunes de l’Union Nationale, parti politique de l’opposition gabonaise. Il ajoute que Ballack Obame est un ancien « fauteur de trouble devant l’éternel à l’Université Omar Bongo » et que c’est sûrement pour « l’aversion que Ballack Obame a pour le pouvoir en place” qu’il a voulu profiter de l’occasion pour appeler à la révolte, et plusieurs personnes se sont rendues à Gabon télévision suite à la publication de Ballack Obame.

Par conséquent, le Procureur de la République requiert 5 ans d’emprisonnement dont 3 ans ferme.

Le tour revient à la défense.

Le trio des avocats Mes Anges Nzigou, Irenée Mezui Mba et Jean Paul Moumbembé devient apparemment inséparable, ils sont sur tous les dossiers de la République.

À tour de rôle, ils vont plaider non coupable. Me Irenée Mezui Mba va planter le décor. Il fait observer au Tribunal que son client était d’abord poursuivi pour “complicité d’atteinte à la sûreté de l’État” et qu’il a bénéficié d’une ordonnance de non-lieu partiel du juge d’instruction. 

Mais après l’appel interjeté par le Ministre de la Défense, la Chambre d’accusation a requalifié les faits en « incitation à la révolte… » sans pourtant que son client ne présente ses moyens de défense.

L’avocat va rappeler la disposition légale de l’article 88 et va faire l’exégèse du mot « participer. » L’avocat explique que c’est un verbe transitif direct et que la propagande est un ensemble de techniques de persuasion qui a pour but de faire adhérer une opinion, une idée au sein d’un peuple. C’est une action qui s’inscrit dans le temps. Son client Ballack Obame n’a donc participé à aucune propagande au sens de la loi pénale qui est d’interprétation stricte.

Sur les propos supra du Procureur de la République qui a affirmé que « les gens se sont rués à Gabon Télévision suite à la publication de Ballack Obame, Me Irenée Mezui Mba va demander au Tribunal si le  Ministère  Public a des chiffres, des statistiques, pour nous dire combien de personnes se sont rendues à la RTG suite à la publication de Ballack Obame. Me Mezui Mba demande au Tribunal de rendre la décision aujourd’hui et de déclarer son client non coupable.

Me Anges Kevin Nzigou va commencer à remercier le Bon Dieu pour les magistrats qui composent le Tribunal notamment la dame qui préside cette audience. Selon le jeune avocat, cette dame est connue pour son attachement au respect de la loi et que malgré l’instrumentalisation de l’institution judiciaire, elle saura garder la tête froide.

C’est une présidente charismatique tout au long des débats. En effet, elle n’hésite pas à ramener le Procureur de la République à l’ordre. Me Anges Kevin Nzigou ajoute que son client a été arrêté suite à un malentendu avec le Colonel Sipamio Berre, et qu’il n’a jamais participé à une propagande.

Sur les intérêts de la Partie civile, Me Anges va qualifier la demande de 100 millions de l’avocat de l’Etat comme étant « une blague judiciaire. » Me Anges s’interroge en disant à la Cour : “Comment peut-on demander à un jeune qui est privé de liberté depuis 2 ans et dépourvu des moyens de payer 100 millions de FCFA ?”

Me Jean Paul Moumbembé va soutenir bec et ongles les arguments de ses jeunes confrères. Il va aussi expliquer que, pour qu’il y ait propagande, il doit avoir deux groupes : « le propagandeur et celui qui participe à la propagande. » Qui est alors le « propagandeur « ? interroge Me Moumbembé.

Il ajoute que Kelly Ondo Obiang n’a pas été condamné pour propagande, donc son client Ballack Obame ne peut être condamné pour propagande et incitation.

Me Jean Paul Moumbembé ajoute que faire une propagande et participer à une propagande sont deux notions différentes. Son client n’a jamais participé à une propagande ; son client Ballack Obame a été arrêté parce qu’il est issu d’une famille pauvre, que le Colonel Sipamio Berre a usé de ses galons pour arrêter Ballack Obame.

C’etait un règlement de compte qui n’a rien avoir avec la loi, selon l’avocat. Son client a agi comme « un journaliste » et pourquoi tous les journalistes qui ont parlé du coup d’Etat au Gabon n’ont pas été arrêtés comme c’est le cas de Ballack Obame ?

Me Moumbembé, à son tour, ne va pas tarrir d’éloges à l’endroit de la Présidente. Il souligne que la Présidente est une femme de caractère, intègre, et qu’il a totalement confiance en elle.

Après les plaidoiries de la défense, l’affaire a été renvoyée au 28 juillet 2021 pour le délibéré. 

Ballack Obame et les siens peuvent continuer à prier le bon Dieu jusqu’au 28, car le suspense reste entier…

Source : SOS Prisonniers Gabon


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