« Libreville mon amour »: L’ouvrage d’Éric Joël Békalé décortiqué par un critique littéraire.

Le siège de l’Union des écrivains gabonais (Udeg), sis au quartier Louis, dans le 1er arrondissement de Libreville, a servi de cadre à un café littéraire consacré au roman « Libreville mon amour » d’Éric Joël Békalé. Animée par Pascal Mulangu Binene, enseignant de français et critique littéraire, la rencontre a réuni écrivains, artistes et amateurs de lecture autour d’une œuvre dense de 193 pages publiée en 2025 aux éditions  »Continents ». Entre analyse sociologique, lecture symbolique et évocation mémorielle, l’ouvrage a été présenté comme une fresque sociale saisissante de la capitale gabonaise, où se mêlent misère urbaine, illusions d’exil et dérives religieuses.

Dans son intervention, le professeur Pascal Mulangu Binene rappelle que le roman s’ouvre sur la chanson emblématique d’Hilarion Nguéma, figure majeure de la musque gabonaise et oncle maternel de l’auteur, dont le  »tube » intitulé  »Libreville » a marqué l’imaginaire collectif.


« Cette chanson n’est pas un simple repère musical, elle participe d’une mémoire affective de la capitale, au point d’être associée à une époque où circulaient encore des rumeurs de transfert de la capitale vers Franceville », souligne le critique.

Vue partielle de l’assistance @ Gabonactu.com

Pour Hilarion Nguéma, cette œuvre musicale portait déjà une charge émotionnelle forte :
« « Libreville mon ami » était déjà une manière de dire notre attachement à la ville, avec ses contradictions et ses espoirs. »

Ce texte montre que la littérature devient un miroir de la société en révélant, comme la sociologie, les réalités vécues dans les quartiers populaires de Libreville : chômage, prolifération des églises de réveil et illusions sociales.

Il s’inscrit aussi dans une perspective historique en témoignant des transformations urbaines et des mutations sociales du Gabon contemporain. Ainsi, Libreville mon amour articule récit littéraire, analyse sociale et mémoire historique pour comprendre les fractures et les rêves d’une ville en crise.

Une ville-miroir : Libreville entre rêve et désillusion

L’espace romanesque est profondément ancré dans Libreville. « Le quartier est décrit comme un espace de survie, presque un purgatoire urbain où s’entrelacent foi, désespoir et débrouille quotidienne », souligne le critique. « Libreville est ici une ville-miroir, à la fois lieu de survie, de rêve et de désillusion », résume le conférencier.

La capitale devient ainsi un personnage à part entière, traversé par la misère, la corruption, mais aussi par des aspirations profondes à une vie meilleure.

Divungui, figure centrale d’une humanité en déroute

Au cœur du roman, le personnage de Divungui, chômeur des quartiers populaires de Nombakélé, incarne la tragédie sociale d’une jeunesse en quête d’ailleurs. « Divungui est prisonnier d’un rêve permanent de France, symbole d’un bonheur inaccessible, tandis que la réalité des mapanes le ramène sans cesse à la dureté de la survie quotidienne », analyse le conférencier.

Le personnage évolue dans un univers de contradictions : entre fantasmes, amoureux de célébrités féminines françaises, désillusion conjugale avec Nkama Marie-Josée, et errance sociale dans un quartier décrit comme « un purgatoire ».

« Libreville mon amour n’est pas seulement un livre sur une ville. C’est une œuvre de mémoire, de dénonciation et d’attachement profond à une capitale dont l’identité semble progressivement s’effacer », explique Pascal Mulangu Binene pour qui, Éric Joël Békalé transforme la littérature en outil de conscience sociale, en mettant en lumière les blessures urbaines, la nostalgie collective et les mutations de la société gabonaise.

Modératrice de l’événement, l’écrivaine Sylvie Ntsame rappelle l’importance des artistes et des intellectuels dans la transmission de la mémoire collective : « Les écrivains, les musiciens et les penseurs sont les gardiens de notre identité culturelle. Préserver Libreville dans nos œuvres, c’est préserver une partie de nous-mêmes », a-t-elle dit.

Invité spécial, l’artiste Hilarion Nguéma revient sur l’histoire de sa célèbre chanson Libreville mon ami, qui a inspiré le titre du livre. « Cette chanson était déjà un cri du cœur pour Libreville. Éric Joël Békalé a poursuivi ce travail de mémoire avec les mots de la littérature », a-t-il souligné

L’auteur a pour sa part affirmé que son œuvre est « une déclaration d’amour critique à Libreville ». À travers souvenirs, lieux emblématiques et scènes du quotidien, il tente de préserver la mémoire d’une ville autrefois conviviale, aujourd’hui confrontée aux défis de la modernité, de la perte des repères culturels et de la dégradation du patrimoine urbain.

Le célèbre musicien Hilarion Nguéma (chapeau et costume sombre @ Gabonactu.com.

Quid de l’œuvre et de l’auteur ?

« Libreville mon amour » est un roman de 193 pages, publié en 2025 aux éditions  »Continents ». Structuré en sept chapitres qui organisent la montée progressive des illusions et des désillusions du personnage principal Divungui : Un glaçon dans le crâne, Le serpent de la fortune, Les copains d’abord, Les voies du Seigneur, Ailleurs c’est toujours mieux, Maître Ngozo, l’avocat des damnés et Le mot de la faim.

Ancien ministre gabonais, sous Ali Bongo Ondimba, Éric Joël Békalé est un auteur prolifique qui a déjà publié une trentaine d’ouvrages littéraires dans des genres différents: roman, poésie, théâtre, nouvelle, conte et essai.

Diplomate de formation et de carrière, il est actuellement Ambassadeur itinérant chargé de la diplomation culturelle, Président de l’Union des écrivains gabonais (Udeg) et Vice-président de l’Association panafricaine des écrivains (Pawa) pour l’Afrique Centrale.

Nkili Akieme

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