Violences basées sur le genre : l’urgence de transformer les lois en actions concrètes

Le Réseau Femme Lève-Toi (ReFLeT), en partenariat avec Agir Ensemble pour les Droits Humains et Initiative Développement, a officiellement lancé le rapport de plaidoyer STOP VBG dans le cadre du projet ACT-VBG, cofinancé par l’Union européenne et l’Ambassade de France au Gabon et à Sao Tomé-et-Principe. Présenté à Baie des Rois, ce document stratégique met en lumière les avancées juridiques du pays tout en soulignant les insuffisances persistantes, avec pour ambition de favoriser l’appropriation nationale de recommandations concrètes en vue d’une prise en charge plus efficace des victimes de violences basées sur le genre.

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Des avancées juridiques réelles mais encore insuffisamment appliquées

Au Gabon, la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG) s’inscrit désormais dans un cadre juridique renforcé. La criminalisation du viol conjugal, la reconnaissance des violences psychologiques, économiques et morales, ainsi que l’introduction de mécanismes de protection marquent une évolution notable de l’arsenal législatif. Ces réformes traduisent une volonté politique affirmée de mieux encadrer et sanctionner les violences.

Dans le même élan, les actions de sensibilisation menées dans le cadre du projet ACT-VBG ont permis de toucher plus de 5 000 personnes, illustrant une dynamique de mobilisation nationale. Toutefois, malgré ces avancées, l’effectivité des dispositifs reste limitée sur le terrain, où les victimes continuent de rencontrer de nombreuses difficultés d’accès à la justice et aux services d’accompagnement.

Des dysfonctionnements structurels persistants dans la prise en charge

Les données issues du rapport de plaidoyer mettent en lumière des failles importantes dans le système de prise en charge. Une enquête menée sur 11 jours auprès de 32 acteurs, dont 84 % de femmes, révèle des parcours souvent complexes et discontinus pour les victimes. Le principal point de rupture réside dans le manque de coordination entre les différents intervenants – justice, santé, forces de sécurité et organisations de la société civile. En l’absence de mécanismes formalisés et de moyens suffisants, la prise en charge demeure fragmentée, exposant les victimes à des procédures longues, coûteuses et parfois dissuasives.

Par ailleurs, les obstacles socioculturels, notamment la dépendance économique des femmes et le poids des tabous, continuent de freiner la dénonciation des violences.

Des recommandations structurantes pour une réponse plus efficace

Au-delà des constats, le rapport propose des pistes de solutions concrètes pour améliorer durablement la situation. Les données révèlent notamment la diversité des violences, avec environ 25 % de cas de violences psychologiques, 25 % de violences morales, 23 % de violences économiques et 20 % de violences sexuelles, auxquels s’ajoutent les mariages forcés (22 %) et certaines pratiques traditionnelles néfastes (16 %).

Face à cette complexité, les auteurs recommandent la mise en place d’une plateforme nationale multisectorielle de coordination, la simplification des procédures judiciaires, le renforcement des capacités des acteurs ainsi que l’intensification des campagnes de sensibilisation. Ils appellent également à un engagement accru des pouvoirs publics afin de garantir des moyens financiers et institutionnels adaptés. L’enjeu est désormais clair : transformer les avancées législatives en actions concrètes, accessibles et efficaces pour toutes les victimes sur l’ensemble du territoire national.

Le projet ACT-VBG (« Agir contre toutes les formes de violences basées sur le genre ») vise l’éradication des VBG au Gabon à travers la sensibilisation, l’amélioration de la prise en charge des victimes et le renforcement des organisations de la société civile.

Il est mis en œuvre par un consortium composé du Réseau Femme Lève-Toi (ReFLeT), d’Agir ensemble pour les droits humains et d’Initiative Développement. Le programme est financé par l’Union européenne, avec l’appui de partenaires institutionnels, dont l’Ambassade de France au Gabon, dans une dynamique de plaidoyer et de renforcement des politiques publiques en faveur des droits des femmes.

Nkili Akieme

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