Fonds Covid : l’audit de la société civile éclabousse le pouvoir

Le COPIL Citoyen, un mouvement de la société civile gabonaise qui regroupe des personnalités de divers horizons, a publié vendredi à Libreville un rapport d’audit qui éclabousse sérieusement le pouvoir sur sa gestion des fonds collectés par le Gabon dans le cadre de la lutte contre le Covid 19.

Le rapport a été présenté à la Chambre de commerce de Libreville et plusieurs médias ont diffusé en direct sa présentation par Geoffroi Foumboula Lebika Makosso, porte parole du COPIL Citoyen.


Dans sa présentation, Geoffroi Foumboula Lebika Makosso a prévenu que l’audit est fondé exclusivement sur les pièces comptables publiées sur le site officiel du ministère gabonais de l’Economie. Les auteurs ont extrait de ce site plus de 2 600 factures et ordres de paiement.

L’analyse de ces documents révèle, selon M. Foumboula Lebika Makosso, que le Gabon a mobilisé durant la période auditée 503 milliards de FCFA. Seules les dépenses d’une valeur de 56 milliards de FCFA disposent des justificatifs soit 11% seulement des sommes engrangées par l’Etat pour lutter contre le Cvid.

Sur les 56 milliards de FCFA, l’audit fait ressortir par exemple qu’en 4 mois seulement, les factures payées pour subventionner les sociétés de transport public SOGATRA et Trans’ Urb s’élèvent à plus de 6 milliards de FCFA alors que c’est le chiffre d’affaires annuel de tout le secteur transport au Gabon avant le Covid.

Des factures exorbitantes ont été payées pour construire des cloisons d’isolement dans des hôpitaux et à l’aéroport. Des centaines des respirateurs auraient été réparés ou achetés et mis à disposition des hôpitaux même dans les provinces où il n’en existe pas.

Les auteurs de l’audit sont particulièrement estomaqués par une facture de 5 milliards de FCFA payée pour l’acquisition de 800 000 doses de vaccin contre le Covid le même mois que les chinois ont livré gratuitement 450 000 doses du vaccin sinopharm. Ces 800 000 doses n’ont jamais été livrées nulle part.

Les auditeurs ont noté que les frais de missions ont couté parfois trop cher alors qu’au plus fort de la pandémie l’Etat a fait appel à la solidarité nationale.

Selon le rapport, une personnalité proche du président de la République a passé la commande en Chine des produits et équipements d’une valeur de 20 milliards de FCFA alors que le Gabon dispose des ministères chargées de ces questions sinon d’un comité qui pilotait la lutte contre la pandémie.

Le COPIL Citoyen dit avoir constaté des factures faramineuses de restauration des patients en isolement dont les fournisseurs n’auraient pas été sélectionnés sur la base des appels d’offre ouverts.

19 millions de FCFA ont été payés à 2 reprises le même jour au profit d’une même société qui a assuré la sonorisation et l’éclairage de l’auditorium Arambo où s’est tenue une conférence de presse gouvernementale.

L’audit cite les noms des sociétés et même des personnalités exerçant à la présidence de la République comme ordonnateurs ou bénéficiaires de ces paiements.

Dans leurs recommandations, les auditeurs affirment qu’ils vont rencontrer les 47 entreprises qui ont travaillé avec l’Etat et les personnalités citées dans les documents afin d’éclairer les gabonais.

Ils suggèrent au Procureur de la République, à la Direction générale des contre-ingérences et de la sécurité (B2) et à la Commission nationale de lutte contre l’enrichissement illicite (CNLCEI) de s’autosaisir pour convoquer les entreprises et personnalités mises en cause.

Contacté par la presse, le ministre Porte-parole du gouvernement, Alain Claude Bilie By Nze a affirmé que « le gouvernement de la République n’a rien à cacher sur la gestion faite des fonds mis à sa disposition dans le cadre de la lutte contre le covd 19 tout comme dans le cadre des autres projets, y compris dans la gestion des ressources pour le fonctionnement de l’Etat. Il est à la disposition de toutes les institutions et organismes dont le contrôle de l’action publique est la mission ».

« Si des comportements blâmables ou répréhensibles sont relevés, les auteurs en répondront … », a-t-il poursuivi avant d’ajouter : « toutefois, lorsque des citoyens sans légitimité démocratique ni légalité d’action veulent se substituer aux institutions légales et légitimes, le gouvernement ne peut s’y soumettre. C’est cela l’essence même de la gouvernance démocratique ».

Camille Boussoughou


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