Pénuries récurrentes du carburant au Gabon : des propositions pertinentes d’Yves Fernand Manfoumbi pour résoudre définitivement le problème

Le Gabon est un pays producteur de pétrole, mais cette position de producteur ne le met pas à l’abri des tensions sur le marché intérieur des produits raffinés. Les récentes perturbations dans l’approvisionnement, qui continuent de toucher le Grand Libreville (Owendo, Akanda, Libreville et Ntoum), ont une nouvelle fois mis en évidence la nécessité de renforcer la résilience de toute la chaîne pétrolière.

Pour Yves Fernand Manfoumbi, l’enjeu est désormais de sortir d’une logique de réaction pour entrer dans une logique d’anticipation. « Il faut passer d’une gestion de pénurie à une politique de sécurité énergétique », estime-t-il, en mettant en avant trois priorités immédiates.

Première proposition : constituer un stock stratégique national suffisamment important pour absorber les chocs d’approvisionnement. Pour lui, l’idée consiste à fixer un seuil minimum de sécurité pour l’essence et le gasoil, assorti d’un système d’alerte permettant à l’État de déclencher les opérations d’importation avant que les stocks n’atteignent un niveau critique.

Une telle approche permettrait, soutient-t-il, de réduire la dépendance aux interventions d’urgence, comme celles récemment mises en œuvre avec la mobilisation des stocks disponibles et la longue attente d’une nouvelle cargaison maritime.

Sa deuxième priorité est axée sur le renforcement durable des capacités nationales de raffinage et de stockage. Il estime que raffinage, le stockage, le transport et la distribution ne doivent plus être considérés comme des maillons séparés, mais comme les composantes d’une même chaîne stratégique.

Le Président du conseil d’administration de Gab’oil argue que la modernisation de la Société gabonaise de raffinage (SOGARA), le développement des capacités de stockage et la sécurisation des infrastructures logistiques doivent être pensés dans une stratégie globale. Le rôle de la Société gabonaise d’entreposage des produits pétroliers (SGEPP), principal point de stockage et de distribution, illustre d’ailleurs, pour lui,  l’importance de cette infrastructure dans la continuité de l’approvisionnement national.

Sa troisième suggestion repose sur l’instauration d’un véritable contrôle de l’aval pétrolier. Chaque jour, l’État devrait disposer d’une photographie précise de la situation, notamment en volumes disponibles dans les dépôts, cargaisons commandées, volumes en mer, capacités de raffinage, niveaux de consommation et besoins prévisionnels.

« Chaque jour, l’État doit connaître les stocks disponibles, les volumes en mer, les cargaisons commandées, les capacités de raffinage et les besoins prévisionnels », propose Yves Fernand Manfoumbi, insistant par la suite que cette capacité d’anticipation permettrait, selon cette approche, de détecter suffisamment tôt les risques de rupture et d’intervenir avant que les difficultés n’atteignent les stations-service.

Dans ses propositions, l’ancien Ministre du commerce n’a pas  de placer également la question du carburant au cœur de la lutte contre la vie chère. Il estime qu’une rupture d’approvisionnement ne concerne en effet pas uniquement les automobilistes. Elle affecte  rapidement le transport, le coût des marchandises, les livraisons, la pêche, l’agriculture, les services et les petites activités économiques.La politique de lutte contre la vie chère ne peut donc, selon lui, être dissociée de la sécurité énergétique.

« Protéger le pouvoir d’achat ne signifie pas seulement contenir le prix à la pompe. Cela signifie également éviter les ruptures, réduire les coûts logistiques et garantir la disponibilité du produit », souligne-t-il.

Cette politique de protection des consommateurs a cependant un coût pour les finances publiques. Lorsque l’État compense l’écart entre le coût réel du produit et le prix payé par le consommateur, cette intervention constitue une dépense publique.

La loi de finances 2026 fixe le cadre budgétaire de l’État pour l’exercice en cours, tandis que le Gouvernement a parallèlement fait de la lutte contre la vie chère un axe transversal de son action.

Pour Manfoumbi, la question n’est donc pas seulement de savoir combien coûte le carburant à la pompe, mais aussi combien coûte à l’État le maintien d’un système exposé aux ruptures.

« Chaque franc CFA consacré à compenser une inefficacité structurelle est un franc qui ne finance pas une école, un hôpital, une route, une infrastructure énergétique ou un investissement productif », fait-il valoir.

L’objectif serait ainsi de réduire progressivement le coût de la compensation en améliorant le fonctionnement de la chaîne pétrolière. Autrement dit, investir davantage dans le stockage, le raffinage et la logistique afin de réduire, à terme, le coût des ruptures et des interventions d’urgence.

Pour concrétiser cette nouvelle doctrine, Yves Fernand Manfoumbi propose quatre objectifs précis à savoir : 30 jours minimum de sécurité pour les principaux produits pétroliers stratégiques, avec une progression de ce seuil en fonction des besoins ; un tableau de bord quotidien de l’aval pétrolier ; un plan national de continuité d’approvisionnement couvrant l’ensemble des provinces et un contrat de performance pluriannuel pour le raffinage, le stockage et la distribution.

Il préconise également la publication annuelle du coût budgétaire global de la politique des prix des carburants, en intégrant les subventions, les exonérations, les éventuelles pertes de recettes, les coûts logistiques exceptionnels et les investissements publics.

Camille Boussoughou

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