Magistrature : Le SYNAMG fustige les sanctions contre les magistrats, dénonce le « dénuement » de la justice et réclame de meilleures conditions de travail

Le Syndicat national des magistrats du Gabon (SYNAMAG) a vivement critiqué mercredi l’état de la justice gabonaise, dénonçant dans un communiqué un manque chronique de moyens, des sanctions disciplinaires jugées disproportionnées et l’absence de garanties de sécurité pour les magistrats, tout en réclamant de meilleures conditions de travail pour la profession.

Dans ce texte signé de son président, Landry Abaga Essono, le syndicat estime que l’image dégradée de la justice gabonaise n’est « pas le produit d’une fatalité endogène, mais le résultat cumulé de renoncements, d’instrumentalisations et d’un sous-investissement chronique », dont la responsabilité incomberait selon lui aux autorités plutôt qu’aux magistrats eux-mêmes.

Des palais de justice vétustes

Le SYNAMAG pointe en premier lieu le délabrement des infrastructures judiciaires. À l’exception du palais de justice de Libreville, dont les travaux viennent d’être achevés après plus de dix ans, « aucun autre palais de justice n’a été rénové encore moins construit », déplore le syndicat, qui rappelle qu’une promesse gouvernementale de rénovation formulée il y a un an n’a toujours pas été suivie d’effet.

Le texte s’interroge également sur la légitimité des revendications de la profession : « Est-ce un crime que d’exiger de l’État qu’il édifie des palais de justice dignes de ce nom ? », demande le syndicat, qui réclame un traitement « à la hauteur des responsabilités » des magistrats.

Sanctions disciplinaires contestées

Le syndicat revient sur les sanctions prononcées le 25 août par le Conseil de discipline, à l’issue desquelles plusieurs magistrats ont été radiés. Il se dit prêt à assister les magistrats sanctionnés souhaitant contester ces décisions devant le Conseil d’État, jugeant que certaines sanctions « apparaissent disproportionnées ».

Le SYNAMAG met toutefois en garde ses membres contre les « comportements déviants, contraires à la déontologie », rappelant que « la rigueur et l’exemplarité ne se négocient pas ». Il dénonce parallèlement une instrumentalisation politique de ces procédures, estimant qu’« un magistrat qui n’a rien à se reprocher demeure, en toute circonstance, difficilement atteignable ».

Insécurité et blocage institutionnel

Le syndicat évoque également des incidents sécuritaires, dont une tentative d’immolation dans l’enceinte du palais de justice de Libreville et des actes d’insubordination de forces de l’ordre à Mouila, où des mandats de comparution n’auraient pas été exécutés.

Autre grief : la session ordinaire du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), censée se tenir en juillet conformément à la loi, ne s’est toujours pas réunie, laissant les magistrats « dans un embarras injustifiable » à l’approche de la rentrée judiciaire, sans connaître leur future affectation.

Le SYNAMAG dénonce enfin l’absence d’adoption des textes d’application du statut des magistrats et des lacunes dans la traçabilité des recettes générées par l’activité judiciaire, évoquant des « tentatives inavouées de captation » de ces fonds.

Trois revendications immédiates

Le syndicat formule trois exigences : la tenue immédiate de la session ordinaire du CSM, l’adoption sans délai des textes d’application du statut des magistrats, et la mise en œuvre effective de mesures de sécurisation des palais de justice.

Les magistrats gabonais doivent se réunir à la rentrée judiciaire pour décider des suites à donner à ces revendications, précise le communiqué.

Carl Nsitou

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