Pont de Huajiang : Un autre superlatif à la chinoise (de notre envoyé spécial)

Le couloir métallique qui permet de longer le pont. Admirez le génie chinois / Gabonactu.com

« L’œil qui a vu ne ment pas », dit-on. La Chine a certes ses pauvres et ses défauts, mais le pays accumule les records qui le hissent au sommet. Le pont du Grand Canyon de Huajiang, plus haut pont du monde, en est une nouvelle preuve du gigantisme à la chinoise.

Jeudi 22 octobre 2026. Sur la province du Guizhou, au sud-ouest de la Chine, tombe un épais brouillard. Il est tôt quand 25 journalistes africains, tirés du lit, s’engouffrent dans un autocar. Ils viennent du Gabon, du Cameroun, de l’île de la Réunion, du Tchad, de Guinée et de Djibouti.

« Nous allons visiter le pont de Huajiang. Vous allez voir, c’est magnifique », résume Ondine, l’accompagnatrice de la délégation.

Le trajet dure 1h30. Entre le sommeil des uns et la buée qui colle aux vitres, il n’y a pas grand-chose à voir. On observe malgré tout des montagnes aux sommets pointus, couvertes d’une forêt si harmonieuse qu’on la dirait artificielle.

Puis l’autocar se gare. Les dormeurs se réveillent d’un coup, et tout le monde en prend plein les yeux.

Un monstre d’acier suspendu à 625 mètres

La visite commence, et tout donne le vertige. Le pont enjambe le Grand Canyon de Huajiang, que les habitants surnomment « la fissure de la Terre ». Il franchit la rivière Beipan, entre le district de Zhenfeng (préfecture du Qianxinan) et celui de Guanling (ville d’Anshun).

La hauteur de l’ouvrage est à 625 mètres au-dessus de la rivière, ce qui en fait le pont le plus haut du monde. Sa longueur est de 2 890 mètres au total, dont une travée principale de 1 420 mètres. C’est la plus grande portée au monde pour un pont suspendu à poutre treillis en acier construit en terrain montagneux. Les poutres d’acier pèsent environ 22 000 tonnes, soit l’équivalent de trois tours Eiffel.

Les travaux lancés le 18 janvier 2022 se sont achevés avec l’ouverture à la circulation le 28 septembre 2025, après près seulement 3 ans et 8 mois de chantier.

Pékin a investienviron 2,1 milliards de yuans, soit près de 280 millions de dollars. Objectif premier, réduire la durée de la traversée du canyon, qui prenait deux heures par la route à 2 minutes seulement.

Les visiteurs affluent de partout

Les concepteurs ont tout fait pour que ce bijou devienne une source de revenus stable et abondante : routes d’accès, hôtels, commerces, distractions. Passerelles de verre, ascenseurs panoramiques, café installé dans les pylônes, saut à l’élastique et musée géologique complètent le site.

Selon des chiffres obtenus par diverses sources, les chiffres sur la fréquentation et les retombées donnent raison à ce pari fou chinois : plus de 100 000 visiteurs lors des huit jours de congés de la fête nationale, quelques jours seulement après l’ouverture. Environ 300 000 visiteurs pendant les congés de la fête du Printemps en février 2026, un record, avec plus de 70 000 entrées et sorties de véhicules. Environ 2,31 millions de visiteurs et 460 000 véhicules depuis l’ouverture, selon les autorités locales en avril 2026. Les promoteurs en espéraient un million par an.

Les villages voisins en profitent aussi. Un hôtelier de la zone a vu ses chambres complètes tout le mois de février. D’autres investissent dans des maisons d’hôtes.

Les cartes mémoires des téléphones et d’appareils photos surchargés d’images, la fin de la visite a été ressenti par les 25 journalistes comme un retour sur la terre ferme, après un détour dans les airs où le vent et la fraîcheur donnaient le tournis. Le tournis chinois, celui qui affole les compteurs des records du monde.

Yves Laurent Goma

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