Fête des Cultures : le Gabon retrouve ses racines

Le gouvernement gabonais a relancé, vendredi à Libreville, la Fête des Cultures, après huit années d’interruption. La 15e édition, placée sous le thème « Réappropriation de nos valeurs culturelles », se tient jusqu’au 23 août sur l’avenue Jean-Paul II, avec le Sénégal comme pays invité d’honneur. L’événement veut remettre les langues, traditions, danses et savoir-faire au cœur de la vie culturelle gabonaise.

La cérémonie d’ouverture a réuni plusieurs personnalités autour des différentes expressions culturelles du pays. Mwiri, Bwiti, Ikokou et autres rythmes traditionnels ont côtoyé les sonorités sénégalaises. Le vice-président de la République, Alexandre Barro Chambrier, représentait le président Brice Clotaire Oligui Nguema. La cérémonie a aussi rendu hommage au père Paul Mba Abessole, initiateur de la Fête des Cultures en 1997, alors qu’il était maire de Libreville.

Pour le ministre de la Culture, Paul Ulrich Kessany, cette renaissance répond à une préoccupation ancienne : celle de voir progressivement disparaître certaines pratiques culturelles faute de transmission.

« Une culture ne disparaît pas toujours parce qu’on veut la détruire. Elle peut disparaître simplement parce qu’on cesse de la transmettre », a-t-il souligné, appelant ainsi les nouvelles générations à renouer avec leurs langues, leurs traditions et les savoirs hérités des anciens.

Le ministre a également insisté sur le sens du thème de cette 15e édition. « Se réapproprier sa culture, ce n’est pas vivre dans le passé. Ce n’est pas tourner le dos à la modernité », a-t-il expliqué. Pour Paul Ulrich Kessany, il s’agit plutôt de connaître ses racines afin de pouvoir s’ouvrir au monde sans perdre son identité. Une orientation qui se traduit cette année par plusieurs nouveautés, notamment le Bal des Anciens, le concours de Ntcham, le Comedy Show et la rue des Saveurs.

Invité d’honneur de cette édition, le Sénégal voit dans cette rencontre une occasion de renforcer davantage les liens entre les deux pays. L’ambassadeur du Sénégal au Gabon, Mame Oumar Thiaw, a salué un choix qui témoigne, selon lui, de la qualité des relations entre Libreville et Dakar.

Il a surtout souligné la pertinence du thème, estimant que face aux profondes mutations des sociétés et à l’influence croissante des technologies, « le risque est grand pour l’Afrique de s’éloigner d’elle-même » et de perdre progressivement une partie de son identité.

Cette nécessité de préserver et de transmettre la culture a également été mise en avant par le représentant de l’UNESCO. Pour lui, la culture dépasse largement le cadre de la musique, de la danse, de la littérature ou du patrimoine. Elle constitue un élément fondamental de l’identité collective et de la mémoire d’un peuple.

« La culture est peut-être la forme la plus vivante de la mémoire. Mais elle est aussi la forme la plus vivante de l’espérance », a-t-il déclaré, rappelant que cette mémoire se retrouve dans les familles, les villages, les langues, les cérémonies, les chants, les savoir-faire et les récits transmis de génération en génération.

La participation sénégalaise permet ainsi au public de découvrir plusieurs facettes du patrimoine de ce pays frère, à travers les chants, les danses, les costumes traditionnels, la gastronomie et la lutte. Après une première participation comme invité d’honneur en 2010, le Sénégal retrouve donc la Fête des Cultures, cette fois dans une édition pensée comme un espace de transmission et de dialogue entre les peuples.

Créée en 1997, la manifestation s’était imposée comme l’un des grands rendez-vous de valorisation du patrimoine gabonais, avant sa dernière édition en 2018. Jusqu’au dimanche 23 août, l’avenue Jean-Paul II accueille ainsi cette renaissance culturelle placée sous le signe de la transmission, de la cohésion et de la réappropriation des valeurs culturelles.

Stone Ferrari Mikala

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