Trafic de faune à Libreville : quatre suspects interpellés avec un bébé chimpanzé

Une nouvelle opération contre le trafic de faune vient de mettre au goût du jour les pratiques de certains prédateurs de la biodiversité au Gabon. Les services des Eaux et Forêts et la Police judiciaire (PJ), avec l’appui de Conservation Justice (CJ), ont interpellé quatre individus qui tentaient de vendre illégalement un bébé chimpanzé âgé de neuf mois, une espèce intégralement protégée par la législation gabonaise.

L’interpellation s’est déroulée dans un quartier de Libreville. Parmi les quatre personnes mises en cause figurent deux femmes âgées respectivement de 31 et 51 ans. Les suspects ont été appréhendés en flagrant délit de détention et de tentative de commercialisation de ce jeune primate, dont la possession et la vente sont strictement interdites.

Selon le communiqué officiel,  cette tentative de vente ne constituerait pas une première pour l’un des protagonistes. Le bébé chimpanzé aurait déjà été vendu, dans un passé récent, pour la somme de 350 000 francs CFA, avant de se retrouver une nouvelle fois au cœur d’une transaction clandestine.

À la suite de l’intervention, le jeune chimpanzé a pu être récupéré grâce à l’appui de l’association Gabon Untouched, avant d’être transféré au Parc de la Lékédi (province du Haut Ogooué), géré par la Fondation Lékédi Biodiversité et membre de la Pan African Sanctuary Alliance (PASA).

Ces structures spécialisées jouent un rôle déterminant dans la protection de la faune sauvage. Elles assurent notamment l’accueil, les soins et la réhabilitation des animaux victimes du braconnage et du trafic, dans l’attente, lorsque cela est possible, d’une réintroduction dans leur milieu naturel.

Le directeur du Parc de la Lékédi, Éric Willaume, rappelle à cet égard que les chimpanzés sont des espèces intégralement protégées et que leur détention par des particuliers représente également un risque sanitaire et sécuritaire. Ces primates peuvent notamment être porteurs ou vecteurs de maladies susceptibles d’être transmises à l’être humain, parmi lesquelles l’hépatite, la tuberculose, Ebola ou encore la Mpox.

.La loi prévoit des sanctions

Sur le plan judiciaire, les personnes interpellées devront répondre des faits qui leur sont reprochés. L’article 92 du Code forestier interdit notamment la détention d’espèces animales intégralement protégées. Les quatre suspects ont été auditionnés le 12 août, tandis que le principal mis en cause a été maintenu en garde à vue.

Les dispositions des articles 92 et 199 du Code forestier, ainsi que celles du décret n°163, encadrent la protection des espèces concernées. En cas d’établissement des infractions, les présumés trafiquants s’exposent notamment aux sanctions prévues par l’article 275 du Code forestier, qui prévoit une peine d’emprisonnement de trois à six mois et une amende pouvant aller de 10 000 à 10 millions de francs CFA, ou l’une de ces deux peines seulement.

Au Gabon, les opérations de sauvetage d’animaux intégralement protégés, notamment les chimpanzés, ne sont pas nouvelles. Elles témoignent toutefois de la persistance du trafic de faune et de la nécessité de renforcer la surveillance, la sensibilisation et l’application de la loi.

La détention illégale de primates soulève également une question de santé publique. Les zoonoses, ces maladies transmissibles de l’animal à l’homme, constituent un risque qui ne saurait être minimisé. Les épisodes sanitaires observés ces dernières années en Afrique, notamment en République démocratique du Congo, doivent à ce titre servir de rappel.

La protection de la biodiversité apparaît donc indissociable de la protection des populations. En sauvant ce bébé chimpanzé, les autorités et leurs partenaires ont non seulement mis fin à une transaction illégale, mais également évité qu’un animal sauvage ne soit condamné à une vie de captivité et que sa détention n’expose davantage les populations à des risques sanitaires.

Antoine Relaxe

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