La Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG), pilier historique du service public depuis 1950, cessera d’exister le 31 décembre 2026 à minuit, remplacée par deux entités distinctes, a annoncé le ministère de l’Accès universel à l’eau et à l’électricité, Philippe Tonangoye dans une note adressée aux administrateurs et actionnaires, au terme d’un audit financier qui révèle l’ampleur du naufrage comptable de l’entreprise.
À compter du 1er janvier 2027, « La Gabonaise des Eaux » et « Électricité du Gabon » reprendront respectivement la gestion de la distribution d’eau potable et de l’électricité, mettant fin à 76 ans de gestion intégrée des deux services.
Un fiasco financier documenté
La décision s’appuie sur la certification des comptes de la SEEG portant sur les exercices 2019 à 2024, approuvée par les actionnaires lors de deux assemblées générales, en décembre 2025 puis en avril 2026. Les états financiers, validés avec de nombreuses réserves, dessinent le tableau d’une entreprise structurellement à bout de souffle.
Le chiffre d’affaires est resté quasiment figé entre 2020 et 2023, avant une timide progression de 2% en 2024, à 212,6 milliards de francs CFA. Dans le même temps, les charges financières ont été multipliées par quatorze depuis 2019, pour atteindre un pic de 8,56 milliards de francs CFA – signe, selon le ministère, que l’endettement ne finance plus l’investissement mais sert désormais à combler les pertes d’exploitation courantes.
L’excédent brut d’exploitation est ainsi devenu largement négatif (-23,8 milliards de francs CFA), empêchant l’entreprise de couvrir ses seuls frais financiers par son activité. Le résultat net, bénéficiaire en 2018, s’est transformé en perte de 45,6 milliards de francs CFA en 2024. Le besoin en fonds de roulement s’est quant à lui effondré, passant d’un excédent de 44 milliards de francs CFA en 2022 à un déficit de 50,5 milliards deux ans plus tard, pour atteindre -177 milliards en fin d’exercice – un niveau qualifié d' »ultime avertissement » par le ministère.
La masse salariale a, elle, progressé de 46% en cinq ans, alors que la valeur ajoutée créée par l’entreprise chutait de 72% entre 2021 et 2023.
Une réforme actée en Conseil des ministres
Le gouvernement invoque les articles 664 et 665 de l’Acte uniforme OHADA relatif au droit des sociétés commerciales, qui imposent la convocation d’une assemblée générale extraordinaire lorsque les capitaux propres d’une société passent sous la moitié du capital social du fait des pertes accumulées.
Deux projets de loi actant la création des nouvelles entités ont été adoptés en Conseil des ministres le 25 juin. Un comité de pilotage, placé sous l’autorité du président Brice Clotaire Oligui Nguema et associant les partenaires sociaux, a été installé pour six mois afin de sécuriser la transition, notamment le traitement des dettes, la migration des systèmes informatiques et la répartition des personnels entre les deux futures sociétés.
Le gouvernement, qui détient 56% du capital de la SEEG via le Fonds souverain de la République gabonaise, doit encore obtenir l’adhésion des actionnaires stratégiques pour atteindre la majorité qualifiée des deux tiers requis par le droit OHADA pour valider la scission.
Verrou juridique sur les créances
Consciente des risques attachés aux garanties bancaires et hypothèques pesant sur les actifs de la SEEG, l’exécutif a proposé aux administrateurs un dispositif prudentiel en cinq points : gel des actes juridiques irréversibles, audit des engagements bancaires, expertise du patrimoine, négociations avec les créanciers et confirmation contradictoire des dettes. Objectif affiché : qu’aucune dette ne soit transférée aux deux nouvelles sociétés d’économie mixte.
Le gouvernement justifie cette réforme par une crise de confiance persistante entre l’opérateur et les usagers, citée comme l’une des causes des coupures récurrentes d’eau et d’électricité dans le pays, aux côtés du non-paiement des factures, du piratage de compteurs et du vol de câbles.
Carl Nsitou
