L’ancien porte-parole de la Présidence de la République gabonaise, Ike Ngouoni Aila Oyouomi, est (enfin) sorti de son silence. Dans une interview accordée au média panafricain Jeune Afrique, l’ex-Directeur de la Communication présidentielle sous Ali Bongo Ondimba livre un témoignage inédit sur les conditions de son incarcération à la prison centrale de Libreville, à la suite de son arrestation dans le cadre de l’opération Scorpion.
Arrêté dans le sillage de l’opération Scorpion, une campagne judiciaire visant à lutter contre les détournements de fonds publics et les crimes financiers, Ike Ngouoni et Brice Laccruche Alihanga faisaient partie des nombreuses figures de l’appareil d’État interpellées. Cette opération, lancée sous le régime d’Ali Bongo Ondimba, avait marqué un tournant décisif dans la gouvernance publique, en ciblant des hauts responsables soupçonnés de malversations.
Dans les colonnes de Jeune Afrique, l’ancien communicant du palais présidentiel décrit une détention qu’il qualifie d’« éprouvante », cela en évoquant des conditions difficiles au sein de la prison centrale de Libreville. Sans verser dans le sensationnalisme, il parle d’un environnement marqué par la promiscuité, l’incertitude judiciaire et la pression psychologique. Ike Ngouoni est revenu également sur le choc de son arrestation, lui qui occupait une position stratégique au cœur du pouvoir.
« Le passage brutal de la lumière à l’ombre », semble-t-il suggérer, a constitué une épreuve personnelle autant que politique. Plus grave encore, l’ancien patron de la communication présidentielle a clairement révélé qu’il lui avait été demandé de « charger », c’est à dire rendre coupable Brice Laccruche Alihanga, s’il voulait être relaxé. Une pression psychologique qu’il a dû subir lors de sa détention préventive.
Des révélations qui relancent le débat sur les conditions de détention au Gabon, mais aussi sur la gestion des procédures judiciaires dans les affaires politico-financières. Si l’opération Scorpion avait été saluée pour sa volonté affichée de moralisation de la vie publique, elle avait également suscité des interrogations sur le respect des droits des personnes mises en cause, de même que la crédibilité des magistrats, accusés d’agir sur instruction du pouvoir.
En prenant la parole aujourd’hui, Ike Ngouoni semble vouloir apporter sa part de vérité, dans un contexte où plusieurs anciens dignitaires ont, depuis, retrouvé la liberté ou vu leurs situations évoluer depuis l’avènement du « coup de la libération » en août 2023.
Au-delà de son expérience personnelle, cette sortie médiatique pourrait avoir des implications politiques, dans un pays encore marqué par les séquelles des années Bongo et les recompositions du pouvoir en cours.
Camille Boussoughou
