En poste à Tunis depuis novembre 2025, le ‘’nouvel’’ Ambassadeur du Gabon en Tunisie, Pierre Ntsiet N’golo, a levé un coin de voile sur une feuille de route claire, portant sur la mission à lui confiée par les plus hautes autorités du pays, en tête desquelles, le président de la République, chef de l’Etat, Brice Clotaire Oligui Nguéma. Il s’agit, a-t-il précisé, de relancer et redynamiser une coopération bilatérale, en perte de vitesse ; et repositionner les échanges autour d’intérêts économiques, scientifiques et culturels concrets. Dans un récent entretien accordé à nos confrères tunisiens du journal « Entreprises Magazine », le diplomate gabonais, passé par les chancelleries de Dakar et Paris, avant d’être promu à la tête de la représentation diplomatique de la République Gabonaise en Tunisie, livre une lecture lucide et sans détour de la situation. Il trace, avec l’esprit didactique qu’on lui connait, les perspectives à court et moyen termes de la coopération »new look » sur l’axe Libreville – Tunis.

Dans cet entretien l’Ambassadeur évoque d’emblée les raisons de la stagnation qui a marqué les relations entre Libreville et Tunis ces dernières années. « Cette situation de léthargie est consécutive à ce que j’assimilerais à une diplomatie de sommeil d’une période d’environ cinq ans », a renseigné Pierre Ntsiet N’golo.
L’absence d’un ambassadeur gabonais en poste après 2021 a, selon lui, affaibli le suivi des dossiers et ralenti les initiatives bilatérales. Sa prise de fonction officielle, après la présentation de ses lettres de créance au président tunisien, Kaïs Saïed, marque, selon lui, un « réveil stratégique » des relations bilatérales entre les deux pays.
Axes de coopération prioritaires
L’économie occupe une place centrale dans cette relance, selon Pierre Ntsiet N’golo qui met en avant une diplomatie économique axée sur la recherche de partenariats et d’investissements. « Il s’agit d’œuvrer à la recherche des collaborations et des partenariats économiques pour le financement et la crédibilité de l’économie gabonaise », a-t-il expliqué.

Des discussions sont en cours avec plusieurs structures tunisiennes, dont le Tunisia Africa Business Council (TABC), en vue d’organiser des missions économiques au Gabon, notamment à Port-Gentil, autour des infrastructures, de l’énergie, de l’eau et du logement, apprend-on.
Au-delà du volet économique, l’ambassadeur entend élargir la coopération à des secteurs clés tels que la formation universitaire, les technologies et la santé. Des échanges avancés concernent l’orientation des étudiants gabonais vers des filières techniques en Tunisie, notamment le génie agroalimentaire, le génie biomédical ou encore les biotechnologies, révèle Pierre Ntsiet N’golo.
Dans le domaine sanitaire, l’accent est mis sur le tourisme médical et la formation du personnel de santé, avec la perspective d’un renforcement des partenariats existants avec des structures tunisiennes spécialisées.
La diplomatie culturelle, en pole position
Agissant, dans tous les cas, en accord avec la »Centrale », le ministère en charge des Affaires étrangères et de la coopération, à Libreville, l’Ambassade prévoit l’organisation des « Journées culturelles du Gabon » à Tunis, ces 28 au 30 mars 2026, afin de promouvoir le patrimoine artistique et culturel gabonais.

« Ces journées visent à promouvoir et à valoriser les talents, les traditions et le patrimoine culturel gabonais », a précisé le diplomate, qui y voit un levier pour renforcer les liens entre les deux peuples.
Par ailleurs, le Gabon compte saisir les opportunités offertes par les grands rendez-vous économiques africains, notamment le Financing Investment and Trade in Africa (FITA 2026). Une forte délégation gabonaise est annoncée pour cette édition, avec pour objectif de promouvoir le potentiel économique du pays et d’attirer des investisseurs.
Lever les obstacles
Malgré l’absence d’obstacles majeurs, Pierre Ntsiet N’golo relève certaines contraintes logistiques, telles que l’absence de liaison aérienne directe entre les capitales tunisienne et gabonaise ; ainsi que les délais portuaires pas très favorables à développement des échanges.
L’Ambassadeur évoque aussi la nécessité de renforcer le cadre juridique, notamment à travers des accords de non-double imposition et la mise en œuvre effective de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), afin de faciliter les échanges entre les deux pays.
Féeodora Madiba et Christina Thélin Ondo
