Depuis le 18 février, la Haute Autorité de la communication (HAC) a provisoirement suspendu les réseaux sociaux au Gabon. Une décision présentée comme temporaire et motivée par la lutte contre la diffamation en ligne. Invité à l’émission «Notre invité » sur la Nouvelle chaîne africaine (NCA) du producteur et journaliste Richard Togbe, le professeur Albert Ondo Ossa a vivement critiqué la mesure, la qualifiant d’« assurément une dérive dictatoriale ».
Une mesure controversée au nom de la sécurité
Le débat sur la liberté numérique au Gabon prend une dimension inédite. Alors que la Haute Autorité de la communication (HAC) justifie la suspension des réseaux sociaux par la nécessité de lutter contre la diffamation et la manipulation politique, Albert Ondo Ossa, ancien candidat à la présidentielle de 2009 et 2023, conteste vigoureusement l’argument sécuritaire avancé.
Pour lui, cette décision ne relève pas de la protection de l’ordre public. « Les réseaux sociaux critiquent tous les gouvernements à travers le monde. Donald Trump, par exemple, y est régulièrement attaqué sans que cela n’entraîne la fermeture des plateformes. Emmanuel Macron en France subit la même pression, et pourtant aucun blocage n’est envisagé», a-t-il souligné.
Selon l’universitaire, la suspension traduit surtout une peur politique profonde. « Le pouvoir se sent menacé, menacé par des révélations qui pourraient émerger et par l’expression démocratique majoritaire, car il sait qu’il est minoritaire », a-t-il affirmé. Le calendrier de la décision, intervenu à un moment sensible, laisse également penser à une volonté de « protéger un homme », faisant référence au président Brice Clotaire Oligui Nguema.
Liberté d’expression et cadre légal en question
Au-delà des considérations politiques, Albert Ondo Ossa remet en cause la légalité de la mesure. « Nous disposons de deux méthodes de régulation : le pouvoir judiciaire et la HAC pour encadrer les médias. Lorsqu’un pouvoir agit directement, cela relève de la dictature », a-t-il insisté. Cette analyse rejoint celle d’Alain-Claude Bilie-By-Nzé, qui juge la suspension « incompréhensible » et « disproportionnée »?
Entre régulation nécessaire et respect des libertés publiques, la question reste entière. La controverse révèle l’enjeu crucial de l’équilibre entre sécurité, responsabilité et liberté d’expression dans le Gabon post-Transition.
Nkili Akieme
