Les stations-service gabonaises ne doivent désormais plus servir de carburant dans des bidons alimentaires, notamment ceux utilisés pour l’eau ou l’huile. Une circulaire de la Direction générale de l’Aval pétrolier et gazier, datée du mardi 6 octobre 2026, impose l’utilisation de jerricans en polyéthylène haute densité (PEHD) homologués, d’une capacité de 5 à 20 litres. Le ministère du Pétrole et du gaz justifie cette décision par les risques d’incendie, de fuite et d’intoxication liés aux contenants inadaptés.
Cette mesure intervient alors que les difficultés d’approvisionnement en carburant ont poussé de nombreux automobilistes à utiliser des bidons alimentaires pour transporter de l’essence. Sur le plan de la sécurité, l’interdiction se justifie : ces contenants ne sont pas conçus pour recevoir des hydrocarbures et peuvent présenter des risques importants lors du transport ou du stockage. L’État est donc dans son rôle lorsqu’il cherche à prévenir les accidents.
Mais la mesure risque aussi de toucher directement les automobilistes qui subissent déjà la pénurie. Un conducteur en panne sèche, muni d’un simple bidon de quelques litres, pourrait désormais se voir refuser du carburant au motif que son contenant n’est pas conforme. Pourtant, cet usager n’est pas responsable des difficultés d’approvisionnement. Il les subit et doit, en plus, s’adapter à une nouvelle obligation pour pouvoir se ravitailler.
Pour que cette décision soit réellement efficace, les autorités doivent donc veiller à ce que les jerricans homologués soient disponibles et accessibles à des prix raisonnables. Des consignes claires doivent également être données aux pompistes afin d’éviter des interprétations différentes selon les stations. Une tolérance encadrée pour certaines situations d’urgence pourrait aussi permettre d’éviter des tensions inutiles.
La sécurité doit rester une priorité, mais elle ne doit pas se limiter à l’interdiction. Si l’État demande aux usagers de respecter de nouvelles normes, il doit aussi leur donner les moyens de les appliquer. Dans un contexte où la population fait déjà face aux conséquences de la pénurie, protéger efficacement suppose de sécuriser sans transformer une mesure légitime en contrainte supplémentaire.
Darene Mabelle Ayingone
